A QUEL SIGNE RECONNAIT-ON, D'APRÈS LES EXPERTS, LE SEXE
dans l'écriture? — Si nous nous contentions de montrer des écritures à des graphologues, en les priant de déterminer le sexe sans nous expliquer les raisons qui les décident, l'expérience ne serait pas bien instructive; elle nous apprendrait que M. Un-tel est très fort, que l'autre M. Un-tel est moins exact, et ainsi de suite, et que d'une manière générale l'écriture renferme ce que les naturalistes ont appelé des caractères sexuels secondaires. Vraiment, ce serait peu de chose. La science veut qu'on dévoile le mystère, qu'on détermine les signes graphologiques du sexe avec une précision telle que n'importe qui, remplissant certaines conditions d'exercice et d'aptitude naturelle, puisse diagnostiquer l'écriture comme le fait un graphologue.
M. Crépieux-Jamin, qui ne s'est jamais refusé à aucune de mes exigences scientifiques, a bien voulu décrire en quelques lignes ses principes et sa méthode; ces lignes que je transcris ici, ont été écrites à un moment où M. Crépieux-Jamin ignorait les résultats donnés par la vérification de ses diagnostics.
Rouen, 11 mars 1903.
Cher monsieur,
Je vais vous donner, comme vous le désirez, quelques détails sur ma façon de procéder.
Tout d'abord, saviez-vous que la possibilité de déterminer l'âge et le sexe par l'écriture avait été niée par Michon, le fondateur de ki graphologie? (Voyez Mystères de l'écriture, p. 11, et Méthode pratique p. 147.)
de cette enveloppe ? » probablement il aurait reconnu lui-même l'équivcque de la première réponse. Mais un expert moins fin ou plus arriviste que lui aurait pu affirmer qu'il ne s'était pas trompé.
Voilà, je crois, un très bel exemple, tout à fait saisissant, des incertitudes de la parole .
Dans mon Traité pratique, écrit il y a près de vingt uns, j'ai consacré un petit chapitre à la question (p. 2ÎS3 à 260), et j'exprimais nettement l'avis que cette détermination était possible. Je disais, en substance, que chaque sexe ayant sa psychologie doit avoir son écriture. L'écriture se modifiant selon le développement de l'individu indique aussi son âge.
J'en suis resté là et personne, à ma connaissance, ni en France, ni a l'étranger, n'a repris la question. Votre initiative m'a obligé de faire un effort et j'ai dû, pour vous donner satisfaction, instituer la méthode au fur et à mesure de mes essais.
Dans bien des cas, un examen rapide de quelques secondes m'a déterminé. Cependant, lorsqu'il fallait expliquer le cas, donner mes raisons, j'ai été plus d'une fois arrêté pendant quelques minutes. D'autres fois après avoir passé un quart d'heure sur une enveloppe et avoir fait le même exercice le lendemain, je n'aboutissais qu'à une probabilité.
Sur certaines enveloppes, en additionnant les temps des reprises, j'ai sûrement passé une heure. Mais en général, examens et notations comprises m'ont demandé 10 minutes par écriture.
Pour le sexe, les raisons les plus diverses m'ont décidé. Tantôt c'était la psychologie du scripteur qui me renseignait, tantôt c'était directement la forme du geste écrit.
Chez la femme, le geste écrits et gauche, souvent disgracieux et lâché, ne quittant l'allure insignifiante que pour devenir discordant, désordonné ou exagéré; il a souvent des formes penchées et frôles, ou bien prétentieuses ou compliquées. L'écriture dite du Sacré-Cœur, au tracé triangulaire, est actuellement un précieux indice du sexe féminin, mais il est aléatoire puisqu'il suiïirail d'une modification dans l'enseignement des couvents pour qu'il disparaisse. La surélévation des divers miniscules, principalement des .s, r et de la hampe des p, se rencontre très souvent, môme habituellement dans les écritures de femmes, et très rarement dans celles des hommes. 11 en est de même des finales longues, soit qu'elles aillent à la dérive, soit qu'elles soient horizontales. Ce qui m'a frappé le plus, c'est de constater combien on exagérait l'importance des signes de la finesse et de la légèreté; ils n'ont pas une grande importance dilïérentielle. Si parfois les écritures de femmes sont plus fines et légères que celles des hommes, par contre on y voit plus fréquemment des traits appuyés, des rendements, — c'est-à-dire que la femme qui a moins de besoins sexuels que l'homme, serait cependant plus sensuelle. II est vrai que les renllements disent aussi la gourmandise.
Chez l'homme la netteté, la fermeté, la sûreté, la simplicité, la sobriété du tracé sont caractéristiques. La simplification, qui est un signe graphologique de culture d'esprit, est bien plus fréquente que chez la femme. Quand l'écriture d'une femme a de la tenue, chose rare, elle n'évite pas la raideur, le mouvement manque de grâce. Chez l'homme, l'aisance du tracé s'allie le plus souvent aux qualités de netteté et de sobriété. Ces différences existent jusque dans l'écriture des gens inférieurs. A égale infériorité, l'écriture de l'homme est plus simple et sobre. On trouve aussi beaucoup moins d'écritures lâchées d'hommes que de femmes.
Chacun de ces signes, pris séparément, est un critérium insuffisant, mais j'ai considéré la réunion de plusieurs d'entre eux comme une preuve.
Quand il m'est resté un doute, même léger, j'ai noté mon appréciation comme probable seulement. Il s'agit d'un essai, n'est-ce pas? J'ai exprimé le degré de ma conviction; voilà tout.
M. Eloy m'a exposé sa méthode dans les lignes suivantes :
Je m'appuie, pour trouver le sexe au moyen de l'écriture, sur deux bases : 1° Cette proposition du philosophe H. Kleiïer : « Le centre de gravité de la fonction intellectuelle chez la femme est la grâce ou la faculté de produire harmoniquement sans effort ; celui de sa fonction morale est la bonté; le centre de gravité de la fonction intellectuelle chez l'homme est la force, ou la propriété d'aller plus loin par l'effort ; celui de sa fonction morale, est la justice », etc.
« 2° Il y a chez la femme, comparativement à l'homme au point de vue intelligence, au point de vue activité et au point de vue moralité, une faiblesse ou même un minus (en général) dont l'écriture est révélatrice. Quand une écriture n'a pas un caractère bien tranché, pour acquérir une certitude sur le sexe il est nécessaire d'avoir plus qu'une enveloppe ; il faudrait au moins 8 ou 10 lignes ; il se peut donc que quelques-unes de mes réponses soient dubitatives, je les piquerai d'un point d'interrogation ».
Ces principes sont un peu moins explicites que ceux de M. Crépieux-Jamin; le détail graphologique sur lequel l'expert doit sappuyer pour ses déterminations n'y est pas indiqué : M. Eloy se contente presque de faire la psychologie du sexe féminin.
Quant aux ignorants de la graphologie, à qui l'on demande un jugement sur les écritures, ils n'aiment pas donner d'explications. On a beaucoup de peine, parfois, à les décider à l'expérience; ils sont peu confiants, et prétendent souvent qu'ils vont au hasard. Je crois qu'ils ne font point d'analyse et se contentent d'une impression d'ensemble, et généralement peu consciente. Pour eux, la légèreté, la finesse, l'inclinaison sont des signes féminins de l'écriture ; parfois ils font une comparaison avec une écriture qui leur est connue ; « C'est une femme, dira l'un, parce que ça ressemble à l'écriture d'une de mes cousines. » Parfois, il y a un effort de généralisation : « C'est insigniliant comme toutes les écritures de femmes », nous dit une dame âgée et peu indulgente pour son sexe. Mais ces remarques ne mènent pas loin. En somme, les ignorants se laissent guider par une vague intuition. Ils devinent le sexe de l'écriture à peu près comme nous devi nons, à la tournure générale, un avocat, un militaire, un paysan endimanché.