‹ Les révélations de l'écriture d'après un controle scientifiqueChapitre 42 sur 80 · NOMBRE DE FOIS NOTÉS CHEZ DES · texte numérisé non relu

NOMBRE DE FOIS NOTÉS CHEZ DES

Supérieurs Moyens

Qualités intellectuelles 104 74

Vices intellectuels 9 32

M. Humbert n'indique pas comment il fait sa synthèse. Après avoir constaté une telle indépendance de procédés Binet. — Ecriture. 10

parmi les graphologues, il devient intéressant de rechercher si leur indépendance va jusqu'au désaccord, et en quoi ce désaccord consiste. Nous avons eu la patience de comparer plusieurs études des mêmes écritures, faites par des graphologues différents; ce qui les différencie, c'est surtout que les uns perçoivent tel signe, et les autres tel autre; dans une même écriture, chacun trouve des indices différents. Le désaccord réel, la vraie contradiction, sont infiniment plus rares. On les rencontre pourtant. Ils sont de deux sortes : sur les signes, sur leur interprétation.

Le désaccord sur les signes est vraiment accidentel. En voici cependant quelques exemples. L'écriture de Mosso parait simple à M. Humbert et compliquée à M. Paulhan. L'écriture 10 a du relief pour M. Paulhan, et pas grand relief pour M. Crépieux Jamin, désaccord d'autant plus grave qu'il influence la conclusion. L'écriture de Dumas paraît nette à M. Crépieux-Jamin; M. Paulhan la trouve un peu floue ; il y découvre des signes de recherche, alors que M. Vie la juge naturelle. L'écriture de F. de Curel, au gré de Crépieux-Jamin, manque de grâce; M. Paulhan, au contraire, lui reconnaît une simplicité élégante, et M. Vie la trouve harmonique sans calligraphie. . .

Plus fréquemment, on est d'accord sur le signe, on varie par l'interprétation. Nous en avons donné déjà maints exemples. En voici de nouveaux ; « Ecriture grande, imagination », dit Crépieux-Jamin ; et M. Paulhan, devant la même écriture, dit : « Ecriture grande, gaucherie. » Les irrégularités de l'écriture 23 sont, pour M. Crépieux-Jamin, l'indice d'un peu de déséquilibre ; M. Paulhan, au contraire, examinant comment les lettres sont liées, conclut: « Esprit assez équilibré. » Du reste, la différence des conclusions est là pour montrer combien les interprétations sont variables.

Tous les détails que nous venons de donner prouvent assez que la graphologie garde en partie l'obscurité d'un art divinatoire. La définition des signes est vague, et leur interprétation est vague aussi. D'où viennent tous ces nuages? Pourquoi la graphologie n'est-elle pas claire comme la zoologie par exemple, ou la botanique, pourquoi la détermination des qualités dans une écriture ne se fait-elle pas avec la rigueur d'une détermination d'espèces?

On peut imaginer à ce propos deux hypothèses, ce me semble.

La première, c'est que la graphologie est une affaire d'intuition, rien de plus, rien de moins. On ne peut pas mesurer, décomposer, objectiver les caractères d'une écriture, on les sent, ils se révèlent. C'est, si l'on veut, une affaire d'oeil, comme pour juger une peinture, ou pour cuber un arbre debout. Le raisonnement graphologique est presque un luxe; il ne vient qu'après coup, lorsque le travail d'intuition est terminé, il ne guide pas ce travail, mais il peut le contrôler, le raffiner, l'améliorer en somme, ou quelquefois aussi le gâter. Et — pour continuer notre hypothèse — si la graphologie est un art d'intuition, c'est que cela dérive de la nature des choses ; il y a dans l'écriture des caractères généraux, fondamentaux, que certaines gens seulement perçoivent, et qui sont de la nature de l'inexprimable ; et ces caractères-là commandent tout le reste. Je crois bien que cette opinion est celle de M. Paulhan.

Une autre hypothèse exprimerait mieux la pensée de M. Crépieux-Jamin. Il n'y aurait dans l'écriture rien d'inexpressible, car ce ne sont que des formes, et toute forme est analysable ; seulement, ce n'est pas le signe individuel qui est significatif, c'est un ensemble ; et cet ensemble résulte d'abord des signes individuels et de leur degré, c'est incontestable; mais il résulte aussi de leurs relations ; on peut supposer qu'un signe en neutralise un autre, ou que deux signes coexistants peuvent s'additionner, quelquefois même se multiplier, ou donner lieu, comme par combinaison chimique, à une résultante qui est de toute autre nature que les éléments composants; ou encore qu'un signe d'un intérêt domi nateur efface tous les autres [. Ce n'est pas mon affaire de trancher ces questions très délicates de théorie. Mon rôle est de contrôler la graphologie, et c'est déjà bien assez. Mais mon

1. De M. Crépieux-Jamin : « Vous avez très clairement rendu ma pensée, c'est parfaitement mon avis. En dernière analyse, l'écriture est une forme qu'on peut mesurer dans toutes les directions. Seulement les mesures sont si compliquées que l'analyse rigoureuse, compas en main, serait interminable, tandis qu'avec un peu d'habitude on arrive à apprécier rapidement et assez exactement. » Quelque temps après, M. Crépieux-Jamin m'écrit encore : « Je crois que la graphologie est une science possible, comme la médecine, qui reste un art dans la pratique. Et pour les mêmes raisons très complexes, il n'y a pas plus de graphologues impeccables que de médecins. »

esprit étant ami de la clarté, je ne puis m'empêcher de faire un vœu ; c'est que les meilleurs graphologues s'appliquent à mieux nous expliquer leurs procédés. Plusieurs fois déjà, je suis revenu sur ce desideratum, soit dans le texte, soit dans mes notes. Je vais expliquer avec la précision dont je suis capable ce que je désire, et pourquoi je le désire.

Je ne demande pas d'explications verbales, ni de nouvelles définitions de signes. Je voudrais qu'on publiât quelques spécimens d'écritures, soit dans leurs dimensions réelles, soit agrandis en partie par la photographie, afin d'être plus lisibles. Sur ces documents, les meilleurs graphologues, ceux qui ont fait leurs preuves — il suffit de lire mon travail pour les nommer, — feraient une étude en règle, très minutieuse, et très longue, qu'ils publieraient intégralement. Ici, plus de sous-entendus, ni de synthèses rapides. On ferait d'abord et surtout une analyse de signes graphiques. Chaque signe serait relevé, et apprécié non seulement dans sa qualité, mais dans sa quantité.

Je n'exige pas, bien entendu, une étude au compas, ou une décomposition des courbes des lettres, par les méthodes de la géométrie. Mais il serait à souhaiter que les graphologues fissent usage du système des coefficients, pour indiquer l'intensité des signes ; cette suggestion, je l'ai exposée plus haut, et M. Crépieux-Jamin a paru l'accueillir. Peut-être pourraiton, dans la détermination de ces coefficients, faire intervenir quelques mesures millimétriques, peut-être pourrait-on s'en passer. Je n'en sais rien. Mais' il serait d'une importance capitale que ces questions de signe, qui sont à la base de la graphologie, fussent précisées, soit par un esprit éminent, soit par l'accord de plusieurs graphologues distingués. On devine l'avantage pour la théorie autant que pour la pratique. Cet atlas de documents analysés étant entre toutes les mains, chacun pourrait s'y reporter, comme à un étalon accepté par tous ; ce serait un moyen d'établir de l'unité et de l'uniformité dans la science de l'écriture, comme on l'a fait déjà en physique, pour les unités et les instruments de mesure, et comme on tente aussi de le faire en biologie.

Je voudrais encore — quand on fait des vœux, il n'en coûte pas davantage d'être prodigue — je voudrais encore qu'après l'analyse minutieuse de ces documents, on en fît la

synthèse, et on démontrât la conclusion. Je voudrais que le travail d'interprétation fût exposé avec un développement complet, de manière à écarter tous les caprices de l'intuition, et à montrer que l'interprétation découle logiquementde l'ensemble des signes ; si c'était possible, la conclusion devrait être chifïrée, comme les signes, elle devrait être la somme des cotes données non seulement aux signes présents, mais à leurs alliances ; et on chercherait s'il n'y a pas lieu dans certains cas d'additionner les cotes, ou de les soustraire, ou de les multiplier, etc. Un tel travail, très délicat, devrait être fait sur des écritures dont l'expérimentateur ignore la provenance, afin qu'on fût bien à l'abri de toute espèce de suggestion.

Parmi les avantages que je me promets de ce projet, il y en a quelques-uns que les graphologues eux mêmes recueilleront. Ils feront moins d'intuition, raisonneront davantage, et probablement s'aviseront de beaucoup de remarques nouvelles. Et, de plus, nous arriverons à voir clair dans leurs procédés, à les objectiver, et, dans quelque mesure, à les contrôler.

En ce moment, le moindre contrôle serait chimérique; et voyez les conséquences. Supposez un graphologue surpris en flagrant délit d'erreur; il a traité de sot un grand homme. Il répondra peut-être : « Oui, j'ai commis une erreur, j'en conviens, une étude nouvelle des documents me le démontre. 11 y avait dans cette écriture tels signes de supériorité qui m'avaient échappé. Ce n'est pas la graphologie qui est en faute, c'est moi. » Comment pouvons-nous chercher à savoir s'il a raison ou non de s'accuser? Et il importerait de le savoir; car lorsque c'est lui qui commet l'erreur, cela ne tire pas à conséquence; il était moins habile qu'on aurait cru, voilà tout. Au contraire, si c'est la graphologie qui est en défaut, la conséquence devient très importante et très instructive; il faut conclure que certains signes n'ont pas une valeur constante. Le cas que je détaille n'est pas le seul qui se réalise; nous en verrons bien d'autres, qui sont analogues. Ainsi, par exemple, le graphologue qui s'est trompé peut n'accuser de son erreur ni lui, ni la graphologie, mais moi... qui lui ai fourni un mauvais document. C'est assez l'usage. On me dit souvent : « J'ai mal jugé cet homme célèbre, parce

que la lettre de lui que vous me soumettez a été écrite dans un moment de fatigue. » C'est très possible, mais ce n'est guère contrôlable. Supposons que ce soit M. Crépieux-Jamin qui soulève l'objection. Est-ce que, avec le flou actuel des définitions graphologiques, il ne pourrait pas, s'il le voulait, découvrir de la fatigue dans tous les écrits, comme un chimiste habile se fait fort de découvrir de l'arsenic dans tous les corps? Je ne me sens pas actuellement la force de lutter contre lui sur ce terrain, je me déclare battu d'avance. Quelle garantie avons-nous qu'il ne nous trompe pas? Sa bonne foi ; je l'admets pleinement. Mais outre qu'il est piteux qu'un contrôle scientifique aboutisse là, on peut toujours discuter, et supposer qu'aucun graphologue n'est absolument insuggestible, et incapable de découvrir dans une écriture un petit signe dont il est d'avance convaincu. Ce qui favorise ces doutes, c'est certainement le vague des définitions dont on se contente actuellement et sans vouloir admettre naïvement qu'il suffira que mon projet se réalise pour que tout aille pour le mieux dans la meilleure des graphologies, je crois que cette réforme aura d'immenses avantages; aussi je termine ce chapitre en répétant le mot de Goethe mourant : Plus de lumière! Plus de lumière!

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