‹ Les révélations de l'écriture d'après un controle scientifiqueChapitre 48 sur 80 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

a écrit une phrase de ce genre, on s'aperçoit qu'elle n'est pas exacte; elle n'est pas exacte, parce quelle est absolue. La vérité est faite de plus de nuances, et les questions qu'on cherche à résoudre sont si terriblement complexes que les solutions ne peuvent pas prendre une portée générale; elles ne sont vraies que dans les conditions mêmes où les expériences ont été faites; altérez un peu ces conditions, toujours spéciales, très contingentes, et l'on n'a plus le droit d'affirmer que les conclusions resteront identiques.

J'insiste, et pour bien faire comprendre ma pensée, je reprends la phrase que j'ai mise en italique, et j'en critique tous les termes.

« Il est possible pour les graphologues.... » Quels graphologues? L'exactitude de leurs solutions est variable d'un individu à l'autre; il y en a d'excellents, mais quelques-uns feraient bien de renoncer à un art, dans lequel ils ont tout juste autant d'habileté que le hasard. En étudiant de près les façons de faire de chacun, nous avons compris combien il est important de ne pas identifier la graphologie avec les graphologues. Beaucoup de défauts intellectuells de ces derniers, par exemple leur suggestibilité, leur appartiennent en tant qu'individus, et n'ont peut-être rien à faire avec la graphologie. Celui qui a le plus de titres à représenter la science est certainement celui qui commet les moindres erreurs. MM. Crépieux-Jamin, Humbert et Vie, le premier surtout, sont au premier rang, pour la sûreté de leurs jugements. Chose vraiment surprenante, la majorité d'un groupe de graphologues a constitué une sorte de graphologue idéal qui a montré autant de pénétration que le plus perspicace de ses confrères. Il y a donc une grande part de hasard dans notre conclusion. Car si nous ne nous étions adressés ni à M. Crépieux-Jamin, ni à M. Vie, ni à M. Humbert, nos solutions auraient été beaucoup moins bonnes, et le jugement porté sur la graphologie serait devenu plus sévère.

Continuons: « II est possible pour les graphologues de lire....)) Lire est pris dans le sens de discerner. Il est resté ici un point obscur. Nous avons essayé de comprendre les procédés d'investigation auxquels les graphologues ont recours ; nous n'avons pas tout à fait réussi. Il nous a semblé que chez plusieurs d'entre eux, les signes graphologiques servent plutôt

à justifier après coup une intuition à laquelle ils arrivent d'emblée. Nous n'avons rencontré aucune exemple de démonstration absolument claire et satisfaisante. Il reste beaucoup de flou en graphologie. Je l'ai comparée, pour ces raisons, à un art divinatoire; et cette expression a un peu choqué quelques graphologues. On a pensé que je l'employais parceque les graphologues peuvent commettre des erreurs d'observation et d'interprétation. A ce compte, tout le savoir humain serait divinatoire et sybillin, car tout le monde se trompe plus ou moins, même ceux qui affirment le contraire. Non, ma pensée est différente. Ce que je constate en graphologie, c'est que les verdicts ne sont pas assez clairement motivés, et semblent résulter souvent d'une révélation incontrôlable. Mais je n'insiste pas, puisque je crois avoir signalé une méthode pouvant faire la lumière, et que M. Crépieux Jamin se rallie à mon idée.

« Il est possible aux graphologues de lire l'intelligence... » Quel degré d'intelligence? Voilà encore un terme qui est mal défini pour plusieurs raisons, qui sont à énumérer.

1° Certaines intelligences individuelles peuvent se révéler mieux ou moins bien que d'autres dans leur façon d'écrire ; de sorte que la collection d'autographes qui nous a servi pour faire l'expérience peut présenter, de ce chef, une difficulté plus grande ou moins grande qu'une autre collection réunie par une autre personne. Ainsi, des graphologues nous ont fait spontanément remarquer que dans notre série de 36 couples, les 10 derniers étaient plus faciles à juger que les autres.

2° Les écarts d'intelligence qu'on a choisis pour l'expérience étant plus ou moins grands, le diagnostic sera plus ou moins difficile. Il paraît probable qu'on arrivera avec moins de peine à distinguer un homme de génie et un médiocre, qu'un homme de génie et un homme de talent. Qn m'assure que les distinctions entre le génie et le talent sont des plus difficiles. Dans nos recherches, ce que nous avons demandé le plus souvent, c'est la distinction entre l'intelligence moyenne d'une part, et la supériorité intellectuelle (génie ou talent) d'autre part. Nous n'avons pas tenu compte des différences qualitatives. On nous a fait remarquer encore que par notre élimination des grossiers, des insignifiants, des médiocres,

conclusions. m

de ceux qui font de la calligraphie, de ceux qui écrivent inhabilement, nous avons rendu l'expérience assez difficile.

3° Enfin, la difficulté de l'expérience dépend aussi de la nature et du nombre des documents qui sont mis à la disposition des experts. Nos documents ont en général paru suffisants, mais pas très copieux; une lettre avec quelques mots biffés, une adresse, constituaient le menu habituel. Les experts nous assurent qu'avec 2 ou 3 lettres ils auraient pu faire mieux, et nous le leur accordons bien volontiers.

Reprenons une dernière fois notre phrase: « Il est possible pour les graphologues... » c'est encore cette expression: « Il est possible » qui me plait le plus; car par son élasticité, elle exprime admirablement ce qu'il y a de contingent dans ces conclusions. Je dis que c'est possible, et par là j'affirme d'abord que les graphologues font presque toujours mieux que le hasard, et par conséquent, comme on dit vulgairement, « il y a quelque chose de vrai dans la graphologie ».

Possible, mais non certain. Le procédé graphologique n'est pas infaillible. Tous les graphologues peuvent se tromper, quand on les contrôle sur une série suffisamment longue de cas.

C'est ici qu'on m'a le plus résisté, et que j'ai eu le plus de peine à faire prévaloir mon opinion. Je gage que personne n'a été satisfait de son pourcentage de réponses justes, et quelques-uns m'ont répondu franchement qu'ils sont assurés de faire mieux, et qu'en pratique, ils font mieux. Je les crois sans peine. La pratique ne réalise pas les conditions de contrôle très rigoureux que nous avons imaginées. La pratique a un but qui n'est pas celui de la science. La pratique cherche à atteindre d'abord la vérité, et tous les moyens lui sont bons, même quand ils ne sont pas graphologiques. Il est incontestable que lorsqu'on connaît déjà l'âge, le sexe, le milieu social d'un individu, et qu'on a sous les yeux une lettre intime qui est un peu révélatrice des idées, tout cela aide beaucoup le raisonnement. Ces signes accessoires ne suppriment point l'utilité de la graphologie, mais ils la guident.

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