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CHAPITRE XXI Le contrôle des portraits graphologiques du caractère

J'ai beaucoup hésité et tergiversé sur la méthode à suivre.

La première méthode que j'ai employée était assez compliquée : je la révèle dans ce chapitre pour la première fois, car j'ai été fort discret avec les experts qui veulent bien collaborer avec moi, et je ne les ai jamais mis dans le secret de mon plan. Cette méthode consiste à demander aux experts des esquisses de caractère d'après des écritures de personnes que je connais depuis longtemps; ensuite, avant d'avoir pris connaissance de leur travail, j'écris moi-même un petit portrait psychologique de ces personnes, d'après mes souvenirs personnels, puis je compare.

Cette méthode avait pour but de me mettre en garde contre ma propre suggestibilité. Je sais par expérience que lorsqu'on lit le portrait d'une personne connue, l'attention glisse facilement sur les affirmations vagues ou opposées à la vérité ; on retient au contraire avec prédilection toutes les remarques dont la justesse nous a frappé, et on garde ainsi une impression d'ensemble qui n'a nullement la fidélité d'une moyenne

arithmétique. J'avais l'intention de corriger la magie de ces impressions subjectives par une comparaison que j'aurais faite entre le portrait du graphologue et le mien, en y mettant autant de soin que si j'avais été un géomètre comparant deux figures; j'espérais constater ainsi, et mesurer en quelque sorte, le nombre d'accords et de désaccords entre le modèle et les portraits.

Toutes ces précautions ne se sont pas montrées aussi bonnes, aussi complètes, que je l'espérais. Il y a tant de difficultés qu'on ne prévoit pas! En voici une qui n'est pas la moindre. Le plus souvent, mon portrait et celui du graphologue ne se rencontrent pas ; ils ne sont ni pareils, ni contradictoires, ils sont autres.

Je ne citerai que deux exemples. Commençons par le cas d'un homme de cinquante ans, que j'ai beaucoup connu. Sur le vu et d'après l'analyse de son écriture, M. Crépieux- Jamin a tracé le portrait suivant :

L'intelligence de M. Bordi est assez alerte; il a delà culture d'esprit, de l'ordre et une assez grande activité, mais il semble que ses facultés d'observation sont applicables à l'analyse des petits faits plutôt qu'aux idées générales. Son horizon intellectuel est assez étendu, mais peu élevé, c'est un esprit moyen, capable de s'intéresser à des objets variés et d'y développer des qualités de finesse. Cependant son jugement n'est pas sûr; il apporte quelque passion dans ses études et se laisse très facilement entraîner à préjuger. -°-

Son imagination est très développée sans être qualitative; elle est excessive en un sens et peu profitable; elle exalte la sensibilité sans apporter la grâce ou l'inspiration.

En somme il a peu d'idées personnelles et n'est pas très intéressant. Il manque de sens critique, de pondération, et sa logique est le plus souvent celle d'un esprit faux.

Ce genre d'intelligence appelle la prétention et nous la découvrons en effet sous la forme sereine de l'admiration de soi. M. Bordi a une grande confiance en son jugement, le doute philosophique [ne provoque pas chez lui d'angoisses ni même d'hésitations. Il est cependant hésitant quelquefois, mais c'est par faiblesse de caractère.

Son énergie se développe de la façon la plus inégale, tantôt il s'enthousiasme et agit comme ferait un jeune étourdi, tantôt il montre une prudence, une irrésolution, une méfiance extrêmes. Il est de ceux qu'on se plait à duper parce qu'ils se croient très malins et qui le sont, en effet, par certains côtés, tout en possédant un esprit aventureux qui les expose.

Son caractère est médiocrement sympathique malgré que sa sensibilité considérable provoque des mouvements en dehors, je ne dis pas généreux.

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