UNE EXPERIENCE SUR DES ECRITURES DE CRIMINELS
tout qui ont versé le sang par cupidité, avec le vol comme mobile.
Voici la composition exacte de notre série; elle comprend, côté des honnêtes gens, 14 personnes :
1° Un employé de commerce, M. H. Bill. 2° Une cuisinière de vingt ans, Luc. Croquet. 3° Une institutrice, Mrae R.
4° Un ministre d'un pays étranger, M. T. Ion. 5° Un professeur de philosophie, M. Lary. 6° Un cultivateur, ancien ouvrier en bijoux, M. Bour... 7° La fille du précédent, femme de ménage, Mme Cer. 8° Un marchand de légumes, M. Legu..
9° Un paysan, M. Gaspard.
10° Un employé de chemin de fer en retraite, M. Cuni. 11° Un passeur, M. Victor.
12° Un homme de peine, employé chez un pharmacien, M. Far.
13° Un patron boulanger, M. Brissaud.
14° Un épicier, M. Soufflot.
Sur ces 14 personnes il y en a trois qui appartiennent à des professions libérales; le reste est de condition très modeste. Cette remarque est importante. Ce sont les écritures des gens de condition très modeste qu'il faut comparer de préférence à celles des criminels, à cause de l'analogie du milieu social; aussi, ai-je par la suite éliminé les documents qui émanent des nos 3, 4 et 5 *.
Je ne puis garantir que ces 14 personnes soient d'une honnêteté absolue ; je n'en connais d'une manière personnelle et approfondie que 8. Je puis garantir du moins que parmi les autres, il n'y a pas un assassin, pas un voleur authentique, pas un délinquant, ayant eu maille avec la justice. Je suppose que tout cela représente à peu près la moralité courante, ni trop haut, ni trop bas.
Les criminels dont j'ai pu me procurer l'écriture sont les suivants :
1. M. Crépieux-Jamin qui a très bien reconnu la moralité supérieure des numéros 3, 4 et 5 m'a reproché de ne pas en faire état dans le pourcentage de ses réponses exactes. Je ne l'ai pas fait, à cause de la différence de milieux sociaux que j'ai signalée dans le texte. Et puis, je n'éprouve aucun scrupule à traiter M. Crépieux- Jamin avec la dernière rigueur, puisqu'il montre quand même et malgré tout sa supériorité sur ses confrères.
1° Vidal, le célèbre tueur de femmes.
2° Eyraud, l'assassin de l'huissier Goufîé, condamné a mort et exécuté.
3°Nouguier, un assassin par cupidité, impliqué dans l'affaire de la Villette, condamné à mort et exécuté; il fut reconnu coupable de l'assassinat d'une vieille femme, qu'il étrangla et assomma à coups de bouteille.
4° Hoyos, un assassin par cupidité, condamné à mort et exécuté.
5° Garon, un parricide, condamné à mort et exécuté.
6° Tilloy, un assassin par cupidité, condamné à mort et exécuté.
7° Mme Galtié, l'empoisonneuse de Saint-Clar, a tué son mari, son frère, sa grand'mère.
8° M. X., inverti, assassin, sujet très dépravé; sa mère lui ayant refusé de l'argent, il la terrasse et l'étouffé en enfonçant ses mains dans la bouche de la malheureuse.
9° Henri V., assassin par cupidité, condamné aux travaux forcés à perpétuité, pour assassinat d'une vieille femme et vol.
10° Serv., assassin par cupidité, condamné aux travaux forcés à perpétuité.
. 11° Daul., assassin par cupidité, a été condamné à vingt ans de travaux forcés, pour avoir tenté d'assassiner une changeuse. Le crime n'était pas prémédité; il cherchait à voler et a été surpris.
Ces écritures m'ont été obligeamment prêtées par les personnes suivantes, dont je cite les noms, non seulement pour leur adresser tous mes sincères remercîments, mais pour authentiquer ces documents : M. le professeur Lacassagne, Me Decori, Me Henri Rollet, M. Camille Granier, inspecteur général des prisons. Je m'étais adressé à bien d'autres personnes, qui détiennent de précieux documents et ont refusé de me les confier en alléguant le prétexte, toujours si commode, du secret professionnel. Le procureur général près la Courd'appel, auquel j'avais cru pouvoir demander un peu de l'écriture de Tropmann, le célèbre auteur du crime de Pantin, m'éconduisitdès les premiers mots. « Je n'admets pas, me dit-il en substance, que sous prétexte de science ou de graphologie, on porte atteinte à la mémoire d'individus qui ont payé leur