‹ Les révélations de l'écriture d'après un controle scientifiqueChapitre 59 sur 80 · Arch. d'anthropologie criminelle, 15 nov · texte numérisé non relu

Arch. d'anthropologie criminelle, 15 nov

Celle-ci, en pénétrant dans sa chambre, se mit à allumer la lampe. A ce moment, Vidal se précipita sur elle, et la saisit par le cou. Elle parvient à se dégager. Elle reçoit deux coups de couteau dans la main gauche, tombe sur une chaise longue, se relève, et porte à son agresseur un violent coup de pied. Vidal chancelle à son tour. Louise Guinard en profite pour sortir de sa chambre, et essaye de l'y enfermer derrière elle. Mais il

Fig. 5o. — Portrait de Vidal, « le tueur de femmes ».

pousse fortement la porte, elle crie « au secours », Vidal se précipite hors de l'appartement, passe à côté de sa victime, lui porte plusieurs coups de couteau, laisse tomber son arme, la ramasse, et prend définitivement la fuite. Le reste de la nuit, il erre dans Marseille.

Ces deux tentatives d'assassinat avaient pour but unique le vol ; il ne s'y mêlait aucune obsession, aucune perturbation sexuelle.

Le 10 décembre, il continue; il est à Toulon ; il se rend à la Taverne Alsacienne, lie conversation avec une jeune fille, la demoiselle Van Rrusselin. Il passe la nuit avec elle, et le lendemain ils prennent rendez-vous pour aller dîner à Tamaris. Il conduisit sa compagne dans un chemin écarté, la frappa dans le dos, la tua, lui prit ensuite une bague en or, chercha ses

clefs sans les trouver, rentra ensuite à Toulon, et essaya de pénétrer dans l'appartement de la fille Van Brusselin, sans y parvenir.

Enfin, le 22 décembre, il commettait son dernier assassinat sur la ligne de Nice à Menton, dans un wagon de chemin de fer. Une demoiselle Gertrude Herschbrunner, demoiselle de magasin à Monte-Carlo, avait pris un train du soir à Nice. Vidal était a la gare. Il resta sur le quai du départ jusqu'à la fermeture des portières. Au dernier moment, il monta dans le compartiment où Gertrude se trouvait seule. En route, entre Beaulieu et Eze, il se précipitait sur elle, regorgeait, jetait son corps sur la voie, se précipitait derrière lui, le transportait vers le talus, puis revenait à pied à Nice.

La matérialité de tous ces crimes a été reconnue et Vidal a avoué que c'est le besoin d'argent qui l'a poussé à les commettre.

Les trois médecins légistes qui l'ont étudié semblent un peu différer d'opinion sur son degré de responsabilité, bien qu'ils aient signé des conclusions identiques. Sans doute, ils ont dû se faire quelques concessions mutuelles. Lacassagne est surtout frappé par les signes de dégénérescence qu'il relève dans l'anamnèse de Vidal, il en ferait volontiers un malade ; Rebatel et Boyer ne trouvent pas dans son examen physique une tare sérieuse, ni dans l'analyse des crimes commis aucun caractère d'incohérence, de délire ou d'impulsion. En conséquence, les trois experts ont déclaré Henri Vidal « responsable avec une légère atténuation ».

Les détails qu'on nous donne sur sa psychologie sont nombreux, et appuyés par plusieurs témoignages concordants. Il nous est représenté comme sournois, timide, hypocrite, vindicatif, vantard, paresseux, violent, et surtout d'une intelligence inférieure à la moyenne; on répète sans cesse : c'est un débile. Voilà un portrait bien peu sympathique. J'ai lu avec attention cette longue histoire, cherchant si l'on pouvait y trouver quelque circonstance qui fût à l'avantage de Vidal, et je n'en ai pour ainsi dire pas trouvé.

Vidal est donc un criminel de sang, qui,*par son écriture, va nous fournir un excellent sujet d'étude.

Les spécimens d'écriture qui émanent de lui m'ont été prêtés par le Dr Lacassagne, qui a bien voulu les détacher des cahiers de mémoires que Vidal a écrits pendant qu'il était en prison. Les écrits sont donc postérieurs aux différents crimes. M. Lacassagne, sur ma demande, a choisi des pages dans lesquelles Vidal ne fait aucune allusion à des faits de son passé qui pourraient révéler son identité.

J'ai soumis aux experts huit lignes de cette écriture; je les reproduis ici, en partie. C'est un passage où Vidal parle de ses rêves. Comme au verso du même feuillet, quelques mots écrits auraient pu mettre sur la voie, j'ai eu soin d'encastrer les huit lignes dans du fort carton, auquel il a été fixé avec

des fils couverts de cachets de cire. Je me suis assuré que ces cachets sont demeurés intacts. Ils seraient, à ce que je je présume, fort difficiles à imiter. J'ai donné conventionnel-

§ si,

lement à Vidal le nom de « Zéphyr ». C'est sous ce nom élégant, qui sent son pseudonyme, que les graphologues ont étudié le graphisme de ce célèbre assassin.

étude sur l'écriture de l'assassin vidal par m. crépieux-jamin

zéphyr (Vidal).

Zéphyr est doué d'une imagination vive mais sans grâce (1), associée à une activité d'ordre inférieur dans laquelle l'agitation (2) et la discontinuité (3) jouent le rôle principal. Il est essentiellement médiocre (4) et superficiel (5). Son caractère est insaisissable par plusieurs côtés, comme tous les faibles il emploie volontiers la ruse et les moyens dilatoires (6).

Il est plus exalté que sincère ; même au milieu de ses expansions il a des idées de derrière la tête (7). Le mensonge par excès d'imagination est son fait habituel (8). Sa droiture est éminemment sujette à caution. Dans tous les cas, il n'est pas capable d'exactitude; la sûreté lui manque par définition (9). Il n'est pas généreux (10), ni bon (11), mais égoïste. Par contre, poussé par l'orgueil (12) et l'exaltation il n'est pas incapable, .accidentellement, d'un trait d'héroïsme.

Son énergie est faible et très inégale (13). C'est un inconsistant. Il est doux et violent (14), d'ailleurs sensuel et paresseux (15). Devant cette indigence d'esprit, de caractère et de moyens, associée à une exaltation trop vive, je conclurais volontiers à une nature déséquilibrée.

Références

(1) Ecriture très inégale de direction et de dimension, sans grâce

Majuscules où il n'en faut pas. Ecriture renversée, avec quelques grands mouvements discordants, le P de Parrain, le mot gronder. Ecriture surhaussée (s minuscule.)

(2) Ecriture très inégale de dimension et de direction, sans netteté, ni

rapidité.

(3) Liaison maladroite des lettres et des syllabes, retardant le mou-

vement graphique.

(4) Ecriture vulgaire, sans relief, sans rapidité.

(5) — hésitante, arrondie, sans relief, ni systématisation.

(6) — très inégale de dimension (gladiolée) et de direction dis-

cordante dans les espacements de mots.

(7) — renversée et sobre, avec de grands mouvements discordants

(8) — très inégale de dimension et de direction, sinueuse et hési-

tante, surélevée.

(9) — très inégale de dimension et de direction, sans relief.

Résultant de la faiblesse, de l'agitation et de la discontinuité.

(10) — renversée et d'une sobriété calculée.

(11) — renversée, senestrogyre, surhaussée.

(12) — surhaussée.

(13) — t non barrés, ou faiblement. Ecriture hésitante, peu

rapide, très inégale.

(14) — courbe, avec des discordances nombreuses.

(15) — Lettres boueuses, traits appuyés (l de alors, r de rêve).

Résultante de l'imagination stérile.

Que faut-il penser de ce portrait? Il ne me paraît pas mauvais, quoiqu'il soit un peu flatté. Laissons de côté, d'abord, ce que M. Crépieux-Jamin dit de l'imagination de Vidal; les experts qui l'ont étudié ne font aucune allusion aux écarts ou aux développements de son imagination, ce qui ne prouve ni pour ni contre le graphologue.

J'aime à trouver dans le portrait de M. Crépieux-Jamin des traits comme celui-ci : « Il est essentiellement médiocre... agitation, discontinuité, désordre. »

En effet, ses biographes nous apprennent qu'il a successivement entrepris six métiers différents, et que chaque fois, par mollesse, insouciance, ou changement dans les idées, il les a abandonnés.

« Plus exalté que sincère... idées de derrière la tête. » Cela est excellent s'appliquant à un homme que tous ceux qui l'ont connu traitent de sournois. « Droiture éminemment sujette à caution. » Nous le pensons bien, un voleur! « Pas généreux, ni bon, mais égoïste... Doux et violent, d'ailleurs sensuel et paresseux. » Parfait. Le dernier mot «nature déséquilibrée» est tout à fait à sa place.

Cependant, lorsqu'on a fini cette lecture, on a une petite déception. L'expert semble ne pas être allé assez loin. Dans ce médiocre, ce vulgaire, ce rusé, ce sensuel, ce déséquilibré, y a-t-il de quoi faire un tueur de femmes? Je crois bien que non, et voilà pourquoi il me semble que M. Crépieux-Jamin est resté trop optimiste. Bien entendu cette appréciation m'est toute personnelle; c'est plutôt une impression; et j'ai dit combien il est difficile de trancher les questions de cet ordre.

L'écriture de Vidal doit être particulièrement difficile à déchiffrer, car elle a donné lieu à de curieuses erreurs.

Voici le portrait esquissé par M. Vie.

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