PORTRAIT GRAPHOLOGIQUE DE ZÉPHYR (VIDAL), PAR M. ÉLOY
La dominante du caractère de celui qui a tracé les huit lignes soumises à l'examen graphologique, c'est une très grande émotivité dans un tempérament nerveux et susceptible; il a conscience de cette extrême sensibilité et cherche à la masquer sous une apparente froideur; cet effort rend plus visible encore l'impressionnabilité de l'esprit et la tendresse du cœur.
Il montre aussi jusqu'où peuvent aller la souplesse d'esprit, la finesse et même la subtilité du scripteur. — Cette retenue d'une nature si impressionnable, tant par la sensibilité de l'esprit que par ses élans du cœur, produit une réserve voisine de la dissimulation et qui, sans tomber dans ce défaut, est certainement nuancée d'une forte sécrétivité.
On peut se demander s'il est toujours assez maître de lui pour cacher, dans toutes circonstances, les vives impressions ressenties par sa nature délicate et d'une énergie médiocre; je ne le crois pas et je pense que par instants, rarement cependant, il s'échappe à lui-même; ce n'est pas qu'à ces rares moments l'impression ressentie ait été plus vive (peine ou douleur, joie ou jouissance) ; mais c'est parce qu'il faut une forte dose d'activité volontaire et une grande constance d'énergie pour toujours et dans toutes circonstances, contrecarrer sa nature et paraître froid quand on est vivement ému.
Or les forces vololontaires sont, en effet, un peu au-dessous d'une pareille dépense : si elles sont généralement assez accentuées comme volonté d'initiative, elles sont nuancées d'obstination et présentent des lacunes temporaires; lacunes rares, très rares certes, mais qui permettent cependant à l'imagination excitée par la sensibilité de laisser se produire et des sorties de susceptibilité et des mouvements de sensualité (gourmandise de jeunesse).
Il découle aussi de cette lutte contre les instincts naturels un désir de perfectionnement, une recherche du mieux, tendant à développer les aptitudes esthétiques qui donnent un charme assez remarquable à cette physionomie morale.
II convient de noter en plus une légère impuissance de réalisation qui peut provenir autant d'une culture intellectuelle inachevée (le sujet me parait encore très jeune) que du combat signalé plus haut qui, par réaction produit une certaine inhibition. Cette seconde cause de faiblesse de réalisation me parait même la plus effective, car il y a, dans cette intelligence, une certaine suite dans les idées, une bonne logique et une assez grande facilité d'assimilation; le manque de netteté dans le jugement, par suite de l'imagination trop vive et mal utilisée, est par là contrebalancé.
La spontanéité naturelle aux jeunes gens, spontanéité qui existait jadis bien plus grande dans notre sujet, tend à disparaître par suite des efforts incessants qui cherchent à mettre au pas voulu la sensibilité et l'imagination.
Un caractère ainsi contrarié dans ses tendances instinctives, et dans lequel apparaissent forcément des contrastes, manque de gaité et, soit par tristesse, soit par malaise, on y sent des appréhensions. Il faudrait lâcher un peu la bride moralement et intellectuellement: l'expansion de cette nature sensible remplacerait la sécrétivité et les élans de l'imagination non plus contenue, mais dirigée, deviendraient féconds, ayant ainsi renversé l'inhibition fâcheuse, génératrice d'impuissance.
M. Eloy termine par les lignes suivantes, qui m'ont profondément surpris :
M'est-il permis d'ajouter un hors d'oeuvre ? J'ai ressenti presque au début de l'examen des huit lignes l'impression qu'elles avaient été tracées par M. A. Binet jeune (quand il avait de 15 à 18 ans). Après comparaison, cette impression a persisté. Est-elle exacte ? Je suis curieux de la savoir et si elle l'est je suis prêt à en donner les motifs.
Je relève brièvement quelques traits de l'étude précédente. M. Eloy insiste sur l'intelligence de Vidal et sur son impressionnabilité. En ce qui concerné le premier point, l'erreur est certaine, puisque Vidal est notoirement un débile. Je n'en dirai pas autant de l'impressionnabilité. Il y a dans le rapport du Dr Lacassage quelques observations qui semblent prouver qu'à l'occasion Vidal pleurait facilement. On dit par exemple qu'il évitait de tuer lui-même une poule ou un pigeon. On devine que le dernier paragraphe de l'étude de M. Eloy a vivement piqué ma curiosité. On pouvait retrouver, disait-il, ma personnalité, à l'état jeune, dans celle de cette brute ! Je n'en suis pas très flatté.
S'il fallait juger la graphologie par cette suite de réponses relatives à l'écriture de Vidal, ce serait terrible. Il est très probable que cette écriture est pleine de pièges. Dans ces pièges, une femme graphologue, fort connue, a mis étourdiment sa blanche main, on en jugera par le portrait suivant, dont je recommande la conclusion, sans autre commentaire.
PORTRAIT DE ZEPHYR (VIDAL), PAR Mme X...
Tout annonce que ce graphisme a été écrit dans une époque relativement éloignée, 50 ans peut-être ? L'encre pâlie, la forme de l'écriture elle-même sont des indices qui ne trompent généralement pas. Le scripteur paraissait adonné exclusivement aux travaux intellectuels. Suivant ces différentes observations on peut conclure que nous nous trouvons en présence d'un écrivain d'une génération antérieure. Si nous considérons les manifestation delà volonté, nous voyons qu'elle est d'une nature plutôt résistante qu'active. Il est vrai qu'elle est si bien disciplinée, si bien conduite, qu'avec peu de forces volontaires le scripteur a dû arriver à de grands résultats. C'est l'histoire d'un petit capital bien administré. Quelques barres de t absentes nous montrent le scripteur accessible aux influences. Le graphisme redressé est d'une inégalité en hauteur tout à fait révélatrice de l'impressionnabilité. D'ailleurs, ce redressement doit être occasionnel. Les quelques lignes que nous avons sous les yeux appartiennent évidemment à un manuscrit. Or dans un manuscrit l'écriture redressée est d'un fréquent usage. Il est à présumer que dans une lettre le même graphisme est beaucoup plus incliné, le cœur est donc dominant. L'altruisme en découle. Pourtant, le scripteur n'est pas entièrement bon ; quelques petites griffes très félines à l'extrémité des jambages et beaucoup de petites pointes
aiguës révèlent un goût pour la critique peu ordinaire. Son genre d'esprit est donc d'autant plus satirique qu'il est très indépendant. Cette indépendance est môme la seule atténuation à ses sentiments altruistes. Il est bon d'observer encore la recherche du perfectionnement et des envolées d'idéalité malgré des préoccupations matérielles qui paraissent voulues. De la réunion de ces différentes observations on peut conclure au scepticisme, d'autant plus que c'est un observateur minutieux, chercheur de petites bêtes. Malgré sa très grande intelligence, nous voudrions un peu plus d'élargissement dans les idées ; nous craignons que notre sujet n'ait surtout envisagé la vie par ses petits côtés. Du reste, ce n'était pas un créateur, il a dû peindre ce qu'il voyait plutôt que donner la vie à des personnages fictifs. Dans les temps modernes on aurait qualifié notre sujet « d'auteur rosse » (pardon de ce mot d'argot qui rend bien notre pensée) . Dans le cas présent le cœur est meilleur que les idées et aussi que le caractère. Aucune violence mais une irritabilité habituelle. Ce nerveux bilieux avait une santé résistante plutôt que forte. Les dispositions physiques avaient certainement un contre-coup sur son genre d'esprit. Cet homme réfléchi, observateur et sans emballement, avait des aptitudes très particulières pour l'administration et l'organisation. Il était à la fois économe et habile ; tout en n'étant pas un fantaisiste, c'était pourtant un original. Ici « originalité » veut seulement dire : sortant de la banalité. Pour nous résumer, nous voyons dans ce graphisme beaucoup de talent mais non du génie, car le caractère essentiel du génie c'est la création. Quoique nous n'ayons jamais vu le graphisme de Taine, c'est un peu ainsi que nous nous le représentons. En tout cas, celui qui a écrit ces lignes était un penseur.
Je me contente de relever dans ce portrait les traits suivants : « Le cœur est dominant, l'altruisme en découle... beaucoup de talent... un penseur... nous nous représentons ainsi le graphisme de Taine. »
Je donne en terminant un portrait de Vidal qui émane d'un expert professionnel. Je suis obligé de taire son nom, par convenance, afin d'acquérir, par cette précaution, la liberté de dire tout ce que je pense de ses appréciations. Après les avoir lues et relues, je reste convaincu que ce portrait est un type achevé de ce que j'appellerai le passe-partout. C'est une description psychologique tellement imprécise qu'elle convient à une foule de gens; non seulement elle est vague, mais elle se développe en considérations qui sont absolument au-dessus de toute espèce de contrôle. Je prie le lecteur de lire ceci avec la plus grande attention.