‹ Les révélations de l'écriture d'après un controle scientifiqueChapitre 62 sur 80 · PORTRAIT GRAPHOLOGIQUE DE ZÉPHYR (VIDAL), PAR M. X · texte numérisé non relu

PORTRAIT GRAPHOLOGIQUE DE ZÉPHYR (VIDAL), PAR M. X

J'ai étudié cet autographe, déjà ancien, sans m'occuper de l'écriture nouvelle. J'ai donc le portrait moral au moment où cet écrit a été fait.

J'ai une autre réserve à formuler c'est que : je n'ai que des lignes incomplètes et que je perds ainsi des éléments diagnostiques importants d'encadrement de l'écriture et de l'aspect général.

L'intelligence est plus passive et réflexe qu'intuitive; c'est un cerveau qui observe, raisonne et s'assimile, il se renferme clans un domaine déterminé et ne cherche pas à l'étendre, mais seulement à le bien cultiver, pour lui faire rendre tout ce qu'il est susceptible de donner. L'imagination est peu développée, elle tend à se limiter de plus en plus et à produire un cerveau philosophique, plus apte au sophisme qu'à la création. Nous avons donc un travailleur plutôt qu'un penseur, et le travail peut être très grand, mais se cantonner et ne se laisser aller à aucune curiosité, pour ce qui ne rentre pas dans ses données, et convaincu de ce qu'il déduit, il veut convaincre et n'est pas loin de vouloir imposer môme ses idées.

De même au physique, c'est un corps peu disposé au mouvement; le tempérament sanguin-bilieux nous donne un brun peu porté à l'embonpoint, mais vigoureux et bien musclé, avec des mouvements secs et peu étendus, d'une santé régulière, ses fonctions se faisant promptement et vigoureusement, taille assez grande (lm65).

La sensibilité est faible, l'émotivité n'existant pas pour cet homme, qui sans être égoïste dans le sens propre du mot, l'est par indifférence d'autrui; sa devise peut se résumer en : « Que chacun s'arrange. » Pour lui,

s'il est doux, c'est pour s'éviter une lutte toujours pénible et qui fait

perdre du temps, il peut avoir du courage, jamais de la témérité.

Il est ordonné, sa méthode n'est pas impeccable, car il n'est pas organisateur, n'ayant pas d'idées d'ensemble et il ne voit généralement qu'un objet, sans les à-côtés, mais néanmoins il s'y tient, quand même, avec régularité et persistance, sans se laisser distraire par aucune considération extérieure, restant positif et jamais idéaliste.

Loyal d'ensemble, ce n'est cependant pas un homme franc, il est trop diplomate et sceptique et à côté de finesses très grandes, il y a des crédulités qui, à tour de rôle, le poussent à des manques d'à-propos; cause (en s'unissant avec l'hésitation due à la logique hésitante) qu'il arrive trop tard pour les occasions qui se présentent à lui.

Simple de manière et de pensée il n'a aucun snobisme, il pense avec les opinions de sa raison et non des sentiments, il s'y maintient avec plus d'opiniâtreté que d'obstination, se réservant le cadre de l'abstrait ou de de la critique plutôt que de l'art.

Acquisiviste, très près de ses intérêts, il les défend mais n'est pas avare dans la dépense. C'est un homme qui a peu de besoins ne désirant pas briller, paraître ni satisfaire des goûts matériels excessifs, un juste bienêtre lui suffit sans cependant qu'il dénie toute valeur aux plaisirs des sens, mais il est plus aimant de cœur que sensuel.

Après avoir vu les composantes intellectuelles et morales de ce caractère, il me reste la volonté qui est en rapport avec elles. Incapable de résolution énergique elle est surtout persévérante et constante, elle est intrinsèque et se manifeste sur le moi plus qu'à l'extérieur.

. Ce portrait -est un chef-d'œuvre d'habileté. Je demande à mes lecteurs de songer à n'importe lequel de leurs amis et

d'examiner si ce portrait de Zéphyr ne lui convient pas parfaitement. C'est un de ces paletots tout faits qui vont à toutes les anatomies. Le portrait ressemble-t-il à Vidal? Autant qu'à moi, autant qu'à vous, autant qu'au premier venu. Ainsi pratiquée la graphologie se confond avec la prestidigitation. Et ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'examiné de près, ce portrait n'est nullement banal, comme on aurait pu le supposer; il est plutôt caractéristique de toute une série d'individus, car il exprime un type intellectuel assez bien défini ; mais d'une part, ce type est d'une telle vérité générale qu'il contient au moins le quart de l'humanité; et, d'autre part, il est formé de traits qui sont incontrôlables.

En résumé, il nous semble que Vidal a eu parmi les graphologues ce qu'on peut appeller « une bonne presse » ; sauf M. Crépieux-Jamin, tout le monde l'a traité comme s'il était un parfait honnête homme.

Carron le parricide.

Carron est le nom d'un jeune homme de 28 ans, qui tua sa mère dans les circonstances suivantes, que j'extrais de son acte d'accusation.

Claude Carron demeurait avec sa mère, Marie Cognard, femme divorcée de Pierre Carron.

La femme Carron avait toujours mené une vie irrégulière. Quand elle était avec son mari, il y avait entre les deux époux de violentes querelles; elle en eut plus tard, et non moins bruyantes, avec les amants qui remplacèrent le mari. Le fils assistait souvent à ces scènes.

Assez peu assidu au travail, Pierre Carron, qui gagnait de bonnes journées comme ouvrier passementier, dépensait rapidement son argent, et n'en donnait pas facilement à sa mère pour son entretien.

C'était l'occasion de constantes discussions entre la mère et le fils.

Depuis quelque temps, notamment, la femme Carron adressait à son fils les plus vifs reproches au sujet de sa conduite : Elle était, disait-elle, lasse de le nourrir.

Dans les premiers jours du mois de juin, une querelle survint, plus violente encore que de coutume : le fils avait engagé au Mont-de- Piété une pendule et des livres qu'une voisine avait confiés à la femme Carron. Ce fut l'occasion d'une scène faite par la vieille femme qui, en public, adressa à son fils, et à un de ses amis, qu'elle supposait lui donner de mauvais conseils, les reproches les plus vifs.

C'est à la suite de cette sc^ne, dont il conçut un profond ressentiment, que le misérable résolut de tuer sa mère.

Le 8 juin, il se présenta à son domicile, vers huit heures du matin;

il savait que sa mère n'y était pas; il l'avait vue sortir. Peu après, la mère Carron rentrait et commençait à faire des reproches à son fils.

C'est alors que, furieux, il se jetta sur elle, la frappa à coups de poing d'abord, puis avec une pince et un marteau qui se trouvaient à portée de sa main.

Bientôt la malheureuse fut inanimée. Claude Carron traîna le cadavre à l'autre bout de l'appartement, le fouilla, prit l'argent caché dans le corsage, puis se mit à manger et à boire aux côtés de la morte.

Les voisins avaient entendu le bruit des coups et les cris que poussait la victime; ils allèrent chercher la police. Le meurtrier, pendant ce temps, s'échappait par la fenêtre donnant sur la cour, escaladait le toit de la maison voisine, et descendait tranquillement dans la rue.

Après s'être changé, car son linge et ses chaussures étaient rouges de sang, Carron alla dans une maison mal famée du quartier de la Croix- Rousse; il invita le patron, sa femme et une pensionnaire à un déjeuner à la campagne. On partit en voiture.

Cette partie fine fut la perte du misérable; pris de boisson, il revint le soir à la maison de ses invités et fut appréhendé par les agents au moment où il descendait de voiture.

Carron a reconnu tous les faits qui lui sont reprochés. Il a affirmé, au cours de l'instruction, n'avoir pas prémédité son crime et, dans un long mémoire, a prétendu se justifier. Sa mère, dit-il, a mérité son sort. C'est lui (fui est une victime.

Ce système, on le comprend, venant s'ajouter à certains détails odieux et par trop cyniques de l'attitude de l'accusé, a frappé M. Benoît, le distingué magistrat chargé de l'instruction de l'affaire. Il commit les docteurs Rebatel et Boyer pour examiner l'état mental de l'accusé. Les médecins le déclarent responsable.

Ajoutons que Carron a été trois fois condamné, notamment pour vol, à six mois d'emprisonnement 1.

Voici quelques détails sur l'interrogatoire de Carron. Nous citons ce qui a trait au crime.

Carron. — Pendant que je mepromenais sur le quai, j'ai vu passer ma mère qui allait au marché, comme tous les matins.

Je suis alors rentré pour l'attendre. Je suis resté au moins un quart d'heure à la porte du logement.

D. Et quand elle arrivée, que s'est-il passé. ? — R. Elle s'est mise à me parler, sans se fâcher. Puis je suis rentré avec elle, et tout d'un coup elle m'a reparlé de la pendule et des livres; elle m'a menacé de la police. Je lui avais dit cependant que si j'étais encore condamné, je pourrais être relégué.

Je savais, d'ailleurs, que ce n'était pas vrai, mais je comptais l'attendrir . Ça ne lui a rien fait. Je me suis vu perdu, obligé de me suicider. Cependant, je ne tiens pas à la vie.

D. Votre mère y tenait sans doute, elle... — R. Oh! je pense bien que

i, Lyon républicain, i" décembre 1903.

ce n'est pas de gatté de cœur qu'elle a vu venir la mort (Violents murmures dans l'auditoire).

D. Alors, qu'avez-vous fait? — R. Eh bien, voilà : Quand j'ai vu qu'elle était décidée à me faire arrêter, je suis devenu furieux. J'ai saisi sur la table de cuisine une pince de cordonnier et j'ai frappé à la tôte.

D. Vous avez frappé avec un rare acharnement. Le médecin a relevé

Fi?. 57. — Carron, le parricide.

plus de vingt blessures. — R. Que voulez-vous? J'étais furieux. Elle a eu le tort, d'ailleurs, de venir sur moi (Violents murmures).

D. Votre mère a poussé des cris. — R. Oh ! elle a marmotté quelques mots, peut-être a-t-elle dit « maman! », mais je ne m'en souviens pas; cela m'aurait frappé. Elle est d'ailleurs tombée presque tout de suite et n'a pas crié plus de cinq à six secondes.

D. Et quand votre mère agonisait à terre, qu'avez-vous fait? — R. Je l'ai regardée un petit moment, puis je me suis lavé les mains que j'avais un peu teintes de sang. Je voulais me changer.

D. Vous avez encore frappé quand elle était à terre. — R. Non, le médecin s'est trompé. Chaque coup de ma pince faisait deux blessures, mais je n'ai frappé, à mon estimation, qu'une douzaine de fois. Je ne sais pas si c'est avec la pince ou avec le marteau que je lui ai enfoncé le crâne. Binet. — Ecriture. 14

D. La malheureuse s'est défendue? — R. Oh! très peu. Encore une fois, elle n'était pas à terre quand j'ai fini de frapper : elle était seulement un peu affaissée contre une chaise.

D. Aviez-vous, prémédité votre crime? — R. Mais non. Quand j'étais en colère, j'ai bien pu crier, lui dire des injures; mais, de sang-froid, je ne l'aurais même pas giflée. D'ailleurs, si j'avais préparé mon crime, je l'aurais commis d'une façon plus intelligente (violents murmures) ; je ne l'aurais pas tuée en plein jour.

D. Après avoir tué votre mère, vous avez mangé à côté de son cadavre ? — R. J'ai bu un demi-litre de vin, mais j'étais altéré. Ce vin m'a écœuré. Alors, j'ai mangé une bouchée de pain et de viande.

D. Et après ? — R. J'ai porté le corps sur le lit. Puis, j'ai entendu du

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Fig. 58. — Noies de lecture, écrites en prison par Carton, le parricide. Cette écriture est bien trompeuse, elle a illusionné plusieurs graphologues.

bruit, j'ai eu peur; je me suis sauvé "en passant par la fenêtre de la cuisine ; je suis descendu par l'escalier de la maison voisine.

D. N'oubliez pas de dire ce que vous avez fait avant de prendre la fuite. — R. Ah ! oui, ma mère cachait d'habitude son argent dans son corset; j'en ai coupé le lacet et j'ai pris le porte-monnaie. Il y avait 390 francs.

D. A ce moment, votre mère n'avait pas encore rendu son' dernier soupir. — R. Peut-être ; c'est très difficile de savoir où commence la mort (sic). Les physiologistes eux-mêmes ne sont pas d'accord (Violents murmures). Mais, en tous cas, j'avais bien compris à sa blessure que c'était fini.

D. Vous n'avez, en tout cas, pas essayé de lui porter secours? — R. Il n'y avait plus rien à faire.

D. Vous n'avez pas, jusqu'à présent, paru manifester beaucoup de regrets de votre crime. Il serait encore temps de dire à MM. les jurés si vous avez un remords.

A ce moment, Carron, la voix plus assurée que jamais, répond avec emphase :

— Messieurs, au point de vue filial, il m'est impossible d'avoir un remords. J'ai été, dans cette alïaire, une arme, agissant par impulsion. Je ne me suis pas rendu compte de ce qui se passait. Mais que voulez- vous? Ma mère n'a jamais eu d'affection pour moi : je ne l'ai jamais non plus considérée comme une mère. Alors, moi qui, de sang-froid, n'aurais fait de mal à personne, j'ai frappé...

D. Je vous rappelle, en terminant, que les médecins légistes qui ont examiné votre état mental vous déclarent responsable.

C'est de sa voix nette, calme, bien affermie, que Carron, se redressant, répond sans l'ombre d'émotion, ces trois mots : « Je le sais ».

Le Dr Rebatel, médecin-expert chargé d'étudier l'état men^ tal de Carron, déclare qu'il est intelligent, que ce n'est pas un aliéné, un impulsif, qu'il est entièrement responsable. Le parricide a été condamné à la peine de mort.

Les documents qui émanent de Carron sont parmi ceux qui ont le plus trompé les experts. Voici d'abord le portrait écrit par M. Crépieux-Jamin.

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