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ÉTUDE SUR ROBERT TILLOY, PAR M. ÉLOY

Signes généraux. — Écriture lente, parce que la plume pèse aux doigts du scripteur, par manque d'habitude d'écrire et non parce que son esprit est lent. Il y a donc lenteur, non à concevoir, mais à exprimer ses pensées.

Ecriture très mouvementée : elle indique imagination un peu exaltée, impressionnabilité vaniteuse; elle indique aussi, par certaines formes, vivacité et bavardage. Ce sont les fioritures, ces formes mouvementées des finales et particulièrement des d minuscules qui dénotent la vanité; ce sont les panses des lettres en boucles élargies qui indiquent l'imagination; c'est le remplacement de plusieurs minuscules par des majuscules qui permet de voir une certaine exaltation; les quelques finales consistant en un crochet rentrant élevé confirment cette légère exaltation en la nuançant de l'exagération et de manque de jugement. Les barres des t sont généralement longues et fines : elles disent aussi imagination, en même temps qu'elles indiquent une volonté plus vive que forte, plus emportée que constante et par suite une volonté assez faible.

Ecriture très inégale ; signification générale : grande sensibilité.

Les inégalités de dimensions sont les plus apparentes. En entrant dans le détail, nous voyons les lettres tour à tour grandes et petites, larges et étroites : traduisons par nature très émotive et nerveuse, sensibilité vaniteuse ; propension à la colère et même à la colère rageuse. Certains mots beaucoup plus gros que les autres (« principalle», « à vantage » entre autres) indiquent l'exaltation, l'importance exagérée et hors de proportion donnée à certains faits, à certaines idées se rapportant plus particulièrement à lui-même; ce grossissement des mots est un genre de soulignement inconscient et par suite très significatif. — Par contre, les mots sont, en général, gladiolés, c'est-à-dire que la hauteur des lettres du commencement des mots est moindre que celle de leur fin. Ce signe se rencontre rarement dans «ne écriture fruste et il est particulièrement à noter ici : il indique que, malgré la tendance à l'exagération, malgré les manques de jugement et les défaillances de volonté par suite de trop vive sensibilité, Robert T. -M était fin et habile ; il avait du savoir-faire.

Les inégalités de direction sont aussi très visibles : elles indiquent en général la souplesse d'esprit et l'adresse à se tirer d'affaire. Voici le détail de ces inégalités : Ecriture serpentine (signe très marqué) c'est-àdire écriture dont le bas des lettres n'est pas en ligne droite, mais au contraire en ligne sinueuse.

Signification : souplesse d'esprit et mensonge au besoin. Si nous rapprochons ce, trait, souplesse d'esprit du trait finesse ci-dessus, nous avons par leur réunion la résultante ruse et comme nous sommes en présence d'une nature émotive et vaniteuse nous avons, comme conséquence logique, la résultante à deux degrés que voici :

(Ecriture gladiolée) finesse ) résultante :

(Ecriture serpentine) souplesse d'esprit ) ruse

(Ecriture très inégale et inclinée) sensibilité vive ) résultante : (grands mouvements, etc.) vanité ) mensonge

Mensonge, soit par exagération, soit pour se tirer d'affaire dans le cas où il y aurait un froissement d'amour propre, une humiliation à subir, si la vérité était connue.

Continuons notre examem des irrégularités de direction. Nous voyons des lettres plus inclinées les unes que les autres.

L'inclinaison de l'écriture indique tendresse de cœur; l'écriture très inclinée, c'est le cas, nous dit vive sensibilité et tendresse. Les redressements qui se rencontrent ont la double signification de sensibilité et tendresse retenues : notre homme, ce doit être un ancien soldat de ces guerres mémorables et plus glorieuses qu'utiles qui étaient presque l'unique préocupation- des familles il y a 80 à 100 ans ; notre ancien grognard, soit qu'il en ait honte, soit qu'il en connaisse les dangers, retient les mouvements trop vifs de son cœur très sensible et très aimant ; il en résulte une certaine susceptibilité. On trouve d'ailleurs ce trait susceptibilité par la résultante ci-dessous, ce qui le confirme en le nuançant:

~\ résultante :

Sensibilité vive et tendresse / x-.-,-.. , . » i^ „W«o„»

} susceptibilité (surtout pour les choses Vanité \ , .

; du cœur).

Nous avons donné une partie importante de ce portrait, pour permettre au lecteur déjuger par lui-même combien il est difficile de décider si un portrait ressemble ou non au modèle. Qu'on veuille bien comparer ce que nous savons de Tilloy et ce que M. Eloy dit de son écriture. Je défie bien n'importe qui de dire si les ressemblances sont supérieures aux différences.

Hoyos.

Le 30 novembre 1888, au matin, des ouvriers de la Compagnie du Nord découvraient sur la voie, près de Chantilly, sous le pont de la route de Senlis, le corps d'un homme auquel le train avait écrasé les deux jambes. On crut d'abord à un suicide, mais l'examen attentif du cadavre montra qu'il portait au visage, aux épaules, à la partie antérieur du cou de très

nombreuses blessures, faites à coup de hachette; la face surtout en était lardée, comme si l'assassin avait voulu la rendre méconnaissable : il avait dû compter en outre sur les trains qui allaient passer sur le corps pour achever son œuvre. Sur le pont qui passait au dessus de la voie à cet endroit, on trouvait une large mare de sang; et à quelques pas deux dents, des lambeaux de chair, un chapeau mou, une canne, un mouchoir et une traînée de sang allant jusqu'au parapet du pont. Le linge de la victime était

Fig. 64. — Portrait d'Hoyos, condamné à mort pour des assassinats commis après une préméditation de plusieurs mois.

marqué de deux H. On la fouilla, et divers papiers trouvés sur elle firent conclure qu'on était en présence d'un nommé Hippolyte Hoyos, régisseur chez un riche châtelain de Seine-et-Oise. Les vêtements furent reconnus comme lui appartenant. On apprit en outre que ce Hoyos venait de quitter sa place, et avait annoncé qu'il se rendait en Relgique pour y recueillir unesuccesion. Sa maîtresse, une demoiselle Figue, attesta que depuis deux semaines il avait disparu et qu'au moment de sa disparition il était porteur d'une forte somme. On crut donc qu'il avait été victime d'un assassinat, et on rédigea en conséquence son acte de décès.

Mais, sur ses entrefaites, on apprit qu'Hoyos s'était assuré sur la vie pour des sommes élevées, au profit de sa maîtresse et de ses deux

enfants naturels. Sa photographie fut présentée au juge d'instruction; elle ne présentait aucune ressemblance avec la figure du cadavre. Celui-ci fut ensuite reconnu pour être celui d'un jeune homme, appelé Louis Baron, qu'Hoyos avait protégé, qu'il avait placé dans une maison comme valet de ferme; on avait vu les deux hommes mangeant et logeant ensemble chez un aubergiste de Rambouillet, un mois avant le crime, et on avait ensuite perdu la trace de Baron. Tout s'éclaircit, et quelque temps après Hoyos était retrouvé bien vivant ; il s'était fait engager, comme domestique, dans un hôtel de Valenciennes, sous le nom de Baron, dont il possédait le livret.

L'instruction montra avec quelle habileté ce plan de substitution avait été exécuté. Hoyos était allé chercher en Belgique sa victime, il l'avait amenée en France en lui présentant l'appât d'une place superbe ; il espérait que la disparition de Baron dans un pays où celui-ci n'avait pas de famille ne serait pas remarquée. Quelques semaines avant le crime, il lui faisait cadeau d'un de ses vêtements; il lui faisait délivrer, par la mairie de Sognies, ce livret d'ouvrier, dont il comptait se servir plus tard. Quelle préméditation ! Puis il achète une hachette, en fait raccourcir le manche, pour la cacher commodément dans sa poche. Le 2 novembre, il donne rendez-vous à Baron à la gare de Chantilly, fort tard dans la soirée. Sous quel prétexte? On ne sait. Peut-être promettait-il encore au pauvre diable une place. A Chantilly, Hoyos descend de wagon, il retrouve Baron qui l'attend docilement, et lui et sa victime partent ensemble, dans la nuit, vers la campagne, peut-être sous prétexte de se présenter dans un des châteaux des environs. Ils arrivent sur le pont. Hoyos se jette sur Baron l'abat à coups de hachette, le défigure, à force de le frapper au visage, puis il fait l'échange de ses papiers contre ceux du mort, qu'il jette ensuite sur la voie.

Voilà l'homme. Malgré les charges accablantes qui pesaient sur lui, Hoyos n'a jamais avoué. Il s'est défendu avec une énergie extraordinaire. Ceux qui l'ont vu le dépeignent comme un homme de quarante-cinq ans, encolure énorme, force herculéenne, teint de brique, l'œil faux et clignotant. Il ne se défend pas seulement, il accuse, et quand il parle il a des ricanements féroces. J'ai lu les détails de son interrogatoire. Il a toujours le mot qui porte, il se défend, il attaque avec une sûreté, un aplomb extraordinaires : pas de défaillance, pas un moment de sensibilité.

Son passé est déplorable. On ne le connaît pas tout entier, car son existence, pleine d'aventures, reste mystérieuse par certains côtés ; ainsi on ne s'explique pas comment il a pu, à certains moments de sa vie, avoir tant d'argent dans la main. Où le prenait-il? Mais en revanche, certains faits paraissent tout à fait clairs. Les témoins s'accordent pour le représenter comme la terreur de tout un pays ; il avait une force prodigieuse, et il en abusait; on cite je ne sais combien de rixes qu'il a provoquées, et où il a mis à mal ses adversaires. Ce n'est pas seulement un violent, et un brutal, c'est un fourbe. Dans les affaires dont-il s'occupe, on le signale comme voleur, escroc. Il a été condamné pour avoir fabriqué de fausses traites. Du reste, sa mauvaise foi en affaires est un fait reconnu, et on ne compte plus le nombre de ses escroqueries. Mais ce sont ses crimes qui accusent le mieux sa personnalité. On trouve des traces de sang

dans toutes les pages de son histoire, si bien que lorsque le président de la cour d'assises lui fait l'énumération de tous les crimes dont on l'accuse, il répond cyniquement : « Je n'aurai donc fait que ça, assassiner. Alors,

c'est une profession! » Et il disait juste. L'assassinat paraît chez lui comme un état normal. Il n'avait pas seulement attiré hors de son pays ce Raron qui est devenu sa victime : il avait en outre jeté son dévolu sur un autre individu, qui heureusement lui échappa ; mais si le crime manqua, la tentative était bien nette. On le soupçonne aussi, d'après les présomptions

les plus fortes, d'avoir tué sa première femme; il lui asséna sur la tête un coup formidable, avec un instrument préparé à l'avance. Car c'était un calculateur qui préméditait toujours ses crimes. L'instrument était un maillet sur lequel il avait cloué un fer à cheval, acheté quelques jours auparavant. Il tua sa femme par esprit de lucre, il l'avait fait assurer sur la vie, trois mois auparavant, pour une somme de 110.000 francs, et il voulait toucher la prime. Un soir de novembre, raconte-t-on, il se trouve seul avec sa femme à la maison ; les domestiques sont sortis. Il va à l'étable, appelle sa femme ; elle vient ; tout à coup, un grand cri ; la femme tombe à la renverse, le crâne fracturé. Il prétendit qu'elle avait reçu un coup de pied de cheval. Ce n'est pas tout. Deux fois, il a essayé d'assassiner son beau-père; il a tellement brutalisé sa seconde femme qu'il lui a fait faire une fausse couche. A la cour d'assises, son sang froid et son cynisme ont à maintes reprises révolté l'assistance. Condamné à la peine de mort, Hoyos a été exécuté à Beauvais, il a marché à l'échafaud avec le plus grand calme, sans avoir fait d'aveux, demendant seulement « pardon à Dieu des fautes qu'il a pu commettre ».

Le portrait de M. Crépieux -Jamin, est un peu optimiste. Il contient quelques traits qui semblent s'appliquer à Hoyos; d'autres paraissent ne pas lui convenir.

PORTRAIT DE BEAUVAIS (HOYOs), PAR. M. CRÉPIEUX-JAMIN

L'individu de Beauvais a reçu une éducation satisfaisante, mais il manque de jugement et n'a jamais pu s'élever au-dessus de la médiocrité.

Il est prétentieux (1), vaniteux et mesquin (2). Très émotif (3) et cependant ni expansif, ni liant (4). On le blesse fortement et on l'exalte en choquant sa prétention (o).

Le fond de sa tendresse est fait de sensualité (6).

Il manifeste de la timidité (7) ; il est finassier et assez habile, même inventeur et fourbe (8).

Son énergie est très inégale (9), précipitée (10), se manifestant par àcoups et faiblissant rapidement (11). C'est un caractère de demi-teinte et, en somme, un petit esprit et un petit caractère.

Réf&ren ces grap ho logiques .

(1) Nombreuses lettres surhaussées, d minuscules enroulés (écriture ornée) ; écriture montante.

(2) Ecriture petite, ornée, surhaussée, montante, sans caractère.

(3) Ecriture inégale de direction et de dimension.

(4) a et m en arcades; écriture anguleuse et retenue.

(5) Résultante de la sensibilité et de la vanité. L'exaltation est indiquée par les longs jambages des majuscules et minuscules, aux lettres surhaussées, les majuscules où il n'en faut pas.

(6) Jambages écrasés.

(7) Jambages des majuscules très rapprochés, très petits, parfois légers.

(8) Ecriture sinueuse, petite, blanche, gladiolée.

(9) Ecriture inégale.

(10) Barres de / trop longues, majuscules discordantes.

(11) Tracé relativement lent avec des mouvements vifs, avec discontinuité dans les mouvements qui sont toujours d'une puissance médiocre ou faible.

L'esquisse de M. Vie nous intéresse aussi, au point de vue du contrôle. Il serait presque impossible de la juger, tant elle contient de réserves diplomatiques.

ESQUISSE GRAPHOLOGIQUE (hOYOS),PAR M. VIE

Cette lettre d'un condamné est dangereusement suggestive pour l'analyste; comme elle tend à obtenir à son auteur une commutation de peine, il semble qu'une forte criminalité soit ici en cause, d'où pourrait naître, dès l'abord, la pensée qu'on va être amené à charger cet homme de tous les péchés d'Israël. Or il importe hautement d'écarter la vision conjecturale d'actes accomplis et de voir seulement dans cette écriture ce qu'y a mis le geste inconscient et révélateur.

Le scripteur est un passionné. Telle est en lui la sensitivité qu'elle atteint le degré où elle peut devenir impulsive, tandis qu'une imagination ardente s'y ajoute pour en attiser le feu. Il n'est pas méchant, mais l'insuffisance de sa douceur ne permet pas de lui attribuer beaucoup de bonté, d'autant qu'un orgueil, de forme prétentieuse, ferme à l'altruisme la porte du cœur. Notons encore une nature nullement détachée des séductions brillantes et en qui les appétits sensuels se montrent impérieux.

L'auteur de cette lettre est d'une activité un peu inférieure à la moyenne et qui suit d'un pied boiteux une conception assez prompte. Malgré des à-coups d'une fermeté qui se cramponne, il est doué d'une volonté llottante, souvent faible et de nature à enlever aux actes un désirable esprit de suite, ^a passion elle-même est sujette à des rémittences qui influent sur l'intervention du jugement.

D'autre part, en dépit d'une souplesse d'esprit, peu accentuée d'ailleurs, aucun signe révélateur des penchants n'offre une nette contre-indication de la droiture et ne permet de dépeindre ici un homme prédestiné à suivre fatalement la voie tortueuse. Sa méfiance est indéniable, mais elle ne se combine pas, dans les manifestations graphiques, avec les indices de la fourberie.

En somme, m'en tenant au document en cause, j'y vois un composé moral qui laisse éventuellement prise à des défaillances, mais n'autorise pas à les pronostiquer. I

Trop d'indulgence, en vérité.

Le lecteur qui a parcouru tous les portraits du chapitre précédent doit éprouver quelque embarras pour formuler une conclusion. Il aura surtout remarqué combien les appréciations des graphologues se contredisent souvent.

Ces contradictions ne prouvent rien contre la graphologie, puisque nous avons posé cette règle que le graphologue qui se trompe le moins, a seul qualité pour représenter cet art. Mais ces discordances ont au moins une conséquence pratique : si vous voulez une opinion autorisée sur une écriture, dirons-nous aux curieux, choisissez bien votre graphologue. Ils ne s'entendent pas mieux que des médecins au lit d'un malade. Quelques-uns se trompent lourdement. La qualité de graphologue ne leur confère pas un brevet d'infaillibilité. Ici comme partout, tant vaut l'homme, tant vaut le métier.

Essayons maintenant de calculer le pourcentage d'erreurs commises par quelques-uns de ceux qui ont bien voulu travailler pour nous. Ce calcul nous permettra non seulement de nous rendre compte de l'habileté de chacun, mais encore de savoir si en fin de compte, les appréciations des plus habiles sont supérieures au jeu du hasard.

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