‹ Les révélations de l'écriture d'après un controle scientifiqueChapitre 74 sur 80 · PORTRAIT DE M. X. PAR M. CRÉPIEUX-JAMIN · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE M. X. PAR M. CRÉPIEUX-JAMIN

Ce caractère est des plus distingués. Il est éminemment sociable et prudent en même temps, avec une sereine élévation. L'intelligence est très vive, hautement cultivée, il semble que toutes les facultés lui soient départies.

Ici, la bonté est une qualité dominante; elle résulte de l'harmonie de tout le caractère et principalement d'une douceur et bienveillance naturelle et d'un grand bon sens. Nul doute que c'est par la bonté qu'on prend le chemin de son cœur.

Le caractère n'est pas sans passion, mais il en porte la trace affaiblie par l'usage de la méthode, par l'expérience de la sagesse.

La droiture est remarquable, avec une réserve douce qui ne lui retire rien, mais assure ses résultats.

La volonté est faite d'activité surtout, c'est-à-dire de la manifestation la plus riche d'énergie et de constance, mais ni l'énergie, ni la constance ne sont particulièrement en relief, elles sont fondues dans une activité très harmonieuse.

Ce charmant portrait est tout à fait réussi, et je suis heude le publier, en ajoutant à l'adresse de M. X., que je contresigne des deux mains les appréciations de l'expert. Une modestie excessive est peut-être le principal défaut de M. X., qui reste volontiers dans l'ombre, tandis quêtant d'autres qui ne le valent ni comme finesse d'intelligence, ni comme droiture de sentiments, cabotinent dans la pleine lumière.

L'expérience de contrôle que j'avais imaginée ici, en envoyant à M. Crépieux-Jamin l'écriture de ces trois personnes que je considère comme des types de grands honnêtes-gens, me parut d'abord tout à fait décisive. 11 me semble que l'expert s'était bien aperçu que je l'avais introduit en meilleure compagnie. Seulement, à la réflexion, un scrupule me vint. Les

trois personnages du groupe honnête ne sont pas seulement d'une moralité supérieure ; ils appartiennent en outre par leur intelligence, et leur éducation, leur milieu, leur culture, à une catégorie beaucoup plus élevée que celle des criminels. Or, il m'a semblé que M. Crépieux-Jamin a l'habitude d'établir, peut-être avec raison, une relation très étroite entre le degré d'intelligence et le degré de moralité. C'est à ce point que je le verrais difficilement trouver une moralité élevée chez un individu dont l'intelligence serait très médiocre. Peutêtre ma supposition est-elle inexacte ; elle suffit toutefois pour commander la réserve.

Je fus donc amené à organiser un complément d'information. Je me procurai de l'écriture de gens qui appartiennent à une classe sociale très modeste, et comparable à celle des criminels; je me suis adressé à des petits commerçants, des petits ouvriers, des artisans de métiers minuscules, des employés retraités.

Je demandai à tous ces gens-là des spécimens de leur écriture; ensuite je les priai de m'écrire des lettres dont je leur indiquai d'avance le thème; quelques-uns ne réussirent pas à se conformer à cette dernière invitation; je leur dictai un modèle de lettre. Tous m'ont ainsi fourni à la fois de l'écriture naturelle, spontanée, et une autre écriture, tracée sur commande. Quelques-uns, paysans méfiants, s'y refusèrent, craignant de se faire du tort. Les autres consentirent, après qu'on leur eut expliqué qu'on cherchait à savoir s'il était possible de reconnaître le sexe d'après l'écriture. Les thèmes de lettres que j'ai proposés m'ont été inspirés par les lettres d'assassins, que j'avais à ma disposition : histoire embrouillée d'une querelle, plainte contre quelqu'un, demande d'argent aux parents, protestations de dévouement, fragment de biographie, etc. i.

J'envoyai tous ces documents à M. Crépieux-Jamin, par petit paquets successifs, puis j'attendis ses esquisses avec beaucoup de curiosité.

1. M. Crépieux-Jamin me fait une critique à propos de ma documentation : « Puisque vos personnages étaient des ouvriers, petites gens, etc, pourquoi ne pas avoir soigné davantage votre documentation ? Celle de Legu, par exemple, ne vaut pas cher. C'était une avarice de documents que vous auriez pu éviter. » C'est vrai. Mais les documents provenant de criminels étant forcément très courts, je ne voulais pas mettre les honnêtes gens sur un meilleur pied.

Binet. — Ecriture. 16

Faut-il donner quelques portraits de la série honnête? Je regrette de ne pas pouvoir les donner tous. On m'a assuré que cela manquerait d'intérêt. Les honnêtes gens piquent moins la curosité que les assassins. Je n'en citerai qu'un.

Bour (cultivateur âgé, qui a été autrefois ouvrier en bijoux; très brave homme, d'une bonne intelligence, caractère jovial, bon grand père de famille, vieillissant entouré de l'estime générale).

PORTRAIT DE ROUR PAR M. CRÉPIEUX-JAMIN

M. Rour est un individu doué d'un caractère très ferme et vif.

Il n'est pas égoïste, loin de là, et atteint même à la générosité.

Il a un vif sentiment de la justice et de l'équité, avec une certaine rudesse et une franchise qui n'admet pas les ambiguïtés. C'est un caractère simple et bon, mais avec une façade sévère trompeuse, — au moins pour les graphologues. Il semble insaisisable et il n'est que pourvu d'éléments modérateurs restreignant les manifestations de son émotivité forte et que l'on ne soupçonne pas tout d'abord. On le croirait méchant et emporté, il n'est que vif, avec un cœur aiîectueux sous une enveloppe fruste.

Si je pouvais mettre sous les yeux du lecteur toutes les esquisses de caractère que M. Crépieux-Jamin a faites pour mes" honnêtes gens, on comprendrait mon embarras. Il est extrêmement difficile de juger l'ensemble, et de dire que, tout compte fait, les honnêtes gens sont mieux traités que les assassins. Cela varie beaucoup ; c'est, comme on dirait' au palais, une question d'espèce. Dans certains cas, c'est l'assassin qui est le plus chargé ; dans d'autres cas, c'est l'honnête homme. Comment condenser ces documents dans des moyennes, comment représenter par une donnée précise le coefficient de moralité de chacune des deux séries ? Ah ! comme on sent bien ici que les phénomènes moraux ne se comptent pas, ne se pèsent pas ! Comme on voit bien qu'il suffirait de quelque parti pris, de moins encore, d'une idée préconçue à peine consciente, pour donner raison au graphologue, ou pour lui donner tort ! Ne nous laissons pas gagner parle scepticisme. Raidissons-nous. Cherchons à nous dégager des impressions subjectives, qui sont toujours dangereuses et suspectes. N'y a-t-il pas moyen d'imaginer un procédé quelconque, même grossier, qui nous mette tous d'accord, en utilisant des faits précis ?

Après y avoir un peu rêvé, voici la solution que j'ai trouvée. Le procédé que j'emploie est double.

D'abord, je prie M. Crépieux Jàiriin de dresser une hiérarchie de moralité comprennant tous les documents envoyés, c'est-à-dire 22 personnes.

C'est un travail de rangement auquel il ne faut attacher aucune idée de précision, car je me sentirais incapable de le contrôler dans le petit détail : je ne sais pas si tel de ma série honnête est supérieur à tel autre de la même série, et de combien il lui est supérieur.

Sur la valeur de ce classement en série hiérarchique, M. Crépieux-Jamin ne se fait pas plus d'illusions que moi : « Il va sans dire m'écrit-il, que le classement hiérarchique n'est pas autre chose qu'une indication à peu près, une manière de préciser ma pensée ...» Voilà qui est bien.

Nous nous sommes du reste expliqué sur la signification de ces classements, et nous avons dit qu'ils représentent une vérité approchée.

Je reproduis l'ordre donné par M. Crépieux-Jamin, avec des italiques pour les criminels.

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