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Les Revenants

La traduction de deux pièces de Henrifc Ibsen, que j'ai l'honneur de présenter au public, attirera, j'espère, l'attention des lecteurs français sur ce remarquable écrivain.

Je ne sais si sa vigoureuse peinture de mœurs qui paraîtront sans doute très éloignées des nôtres, trouvera quelque écho parmi nous ; je me demande surtout si deux des pièces les plus étranges peut-être qu'il ait écrites, ne produiront pas un simple effet d'étonnemcnt et n'inspireront pas la méfiance: Ibsen n'est pas de ceux qui s'imposent tout de suite et sans lutte. Dans son propre pays, chacun de ses ouvrages a soulevé des tempêtes. A la lecture, ils surprennent d'abord : ce n'est que peu à peu qu'on en pénètre la

il PRÉFACE

rude saveur. Ce n'est que lorsqu'on a réussi à se familiariser avec leurs personnages si différents de nous, pasteurs, consuls, chambellans, bohèmes qui ressemblent à des scaldes, gentilshommes j&mpagnards dont la paisible existence recouvre des tragédies tout intérieures, qu'on en sent toute la puissance et toute la portée. Ils n'ont pas la séduction immédiate des romans russes, mais ils en ont une autre, plus graduelle, plus lente, qui s'exercera certainement ici comme elle s'est exercée ailleurs, et qui fera du nom aujourd'hui inconnu d'Ibsen un nom presque populaire, au même titre que ceux de Dostoïewsky, de Dickens et de Tourguénief.

Nous savons très peu de chose des mœurs et de la société des pays du Nord. Le Danemark, la Suède et la Norvège, qui ont entre eux d'évidentes ressemblances, nous apparaissent comme une lointaine Thulé dont quelques explorateurs nous ont décrit les sites les plus pittoresques. S'il n'y avait pas les contes d'Andersen et quelques nouvelles de Bjœrnsen, nous ne saurions rien de leur littérature.

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