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LES ROMANS

Les choses n'allèrent pas plus loin ; mais, le lendemain, Adolphe eut l'audace de pénétrer parmi les fleuristes de la rue Marie-Stuart. La maîtresse, Mme Lucas, qui n'avait qu'un amant, l'accueillit très-bien, et le chat du logis vint sans façon se hucher sur ses genoux.

— Voilà, dit-il en souriant, le symbole des femmes de Paris.

MUe Ànaïs fit la moue, et M"" Lucas dit, en roulant fort langoureusement ses yeux gris,

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que toutes les femmes de Paris n'avaient pas de griffes. Les fleuristes, jusque-là silencieuses, se mirent toutes à parler ; ce fut un éclat de voix argentines à faire bondir la tète et le cœur. Les babillardes étaient avenantes, et M. Adolphe s'enorgueillissait d'avoir ses entrées dans un pareil Éden. Mlle Anaïs le regardait du coin de l'œil et attachait par distraction une corolle de marguerite à une aigrette de bleuet.

Le babil languit bientôt : quand les femmes ont parlé toutes à la fois elles écoutent un peu. Adolphe, qui avait surtout de l'esprit pour faire de petits actes plus ou moins notariés, ne savait comment ranimer toutes ces jolies voix qui formaient un charmant concert pour le cœur; il regardait amoureusement Anaïs et chiffonnait les fleurs éparses sur l'établi. Enfin madame Lucas, se renversant sur son fauteuil avec l'indolence d'une maîtresse de maison, se mit à parler littérature pour montrer son esprit.

— Vous aimefc les romans? dit- elle à Adolphe en minaudant le plus gentiment du monde.

— Les romans I j'en suis folle ! s'écria la plus jeune des fleuristes , surtout les romans sentimentals.

— Oui, dit avec mépris madame Lucas, mademoiselle Aurore s'extasie avec les romans de M. Paul de Rock !

— Et madame Lucas, dit mademoiselle Aurore avec dépit, ne lit que les romans de madame Sand ; c'est du beau ! On voit bien que madame Lucas aime la liberté.

— Taisez-vous, chipie ! votre esprit est digne de vos lectures ; tout cela est bon à jeter par la fenêtre.

— Moi , dit Anaïs d'un air rêveur , je me soucie des livres, mais pas dû tout des auteurs.

— En effet, dit Adolphe par galanterie, quand la femme est belle, qu'importe son nom ! quand le vin est bon , qu'importe son pays!

— Je me souviens, reprit Anaïs, d'un roman qui m'a bien souvent donné l'envie d'aller cueillir des pervenches et des primevères au fond des bois pour rencontrer un pâle et beau garçon. Le joli roman ! ne me parlez pas des autres. Dans celui-là il y a une fleuriste adorable un peu trop savante et un peu trop artificielle, mais cela ne l'empêche pas d'être mes amours. Il y a aussi un certain Joseph Marteau qui ne me trouverait pas bien cruelle.

— Joseph Marteau ! Allons donc, dit Mme Lu-

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cas, un vrai paysan ! J'aime bien mieux André.

— Le joli roman ! poursuivit Anaïs sans écouter Mmo Lucas; rien que d'y penser, je deviens toute triste comme si j'allais pleurer.

— Moi, dit gaiement Adolphe, qui craignait un attendrissement épidémique, je n'aime que les romans en action : c'est bien la peine d'en lire de si mauvais quand on peut en faire de si jolis! Si vous voulez, mes charmantes héroïnes, nous ferons ensemble le roman le plus sentimental, le plus tendre, le plus amusant. Certes, chacune de vous fournirait un beau chapitre !

— Un seul ! dit Mme Lucas.

Toutes les fleuristes s'étaient récriées , surtout M11* Anaïs.

Cependant , le soir, MUe Anaïs voulut bien s'appuyer sur le bras d'Adolphe pour retourner à sa chambrette : c'était consentir au premier chapitre.

XÎV

Mlle Ail AÏS AVAIT SANS DOUTE DE VILAINES JARRE-

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