‹ Les revenantsChapitre 34 sur 39 · TI&AES · texte numérisé non relu

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Le long du chemin, Adolphe, tout eo pressant le bras de Mlle Anaïs, n'oublia pas de faire la satire de ses compagnes. Et M11* Anaïs se disait tout bas : — Mon Dieu ! qu'il a d'esprit !

Mais ce fut bien mieux quand le galant clerc de notaire se mit à vanter les attraits de Mlle Anaïs.

Malgré tout son esprit , il perdit son temps ce soir-là : MUe Anaïs se hérissa de sa vertu, et

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il eut beau faire, il fallut se retirer devant le porc-épic.

— Voyons , mon ange , soyez raisonnable ; ne me fermez donc pas votre porte au nez, c'est malhonnête.

M1U Anais leva la tète avec fierté , et dit à l'amoureux, en le regardant du haut de sa vertu: — Pour qui me prenez -vous? Dieu merci, vous allez vite !

A cet instant la porte s'ouvrit et se referma à la barbe d'Adolphe, après avoir laissé passer M,le Anaïs.

— D'où lui vient cette vertu sauvage? se demanda le pauvre amoureux en s'en allant; il y a quelque chose là dessous.

— Diable ! dit le lendemain Adolphe avec dépit; il faut pourtant que j'en unisse.

Tout en disant ces mots il coudoya une jolie fille qui se promenait sur le boulevard pour se faire coudoyer.

— C'est tout simple, dit-elle en l'agaçant. Adolphe passa outre.

— Pas si simple, reprit-il; car il y a en ce monde un petit diable écloppé qui veille sans cesse sur l'honneur des maris et sur la vertu des filles. Ce petit diable, qui s'appelle l'obstacle, veut que les femmes soient sages malgré elles. Il est plus difficile à vaincre que la vertu

des filles et l'honneur des maris ; c'est lui qui, le jour du rendez-vous , dérange l'aiguille de la pendule, déchire un mantelet, donne la migraine , réveille une heure trop tard. Ce soir vous avez un rendez-vous galant, vous êtes sûr de ravir la femme ou la maltresse de votre ami, deux péchés mortels ! mais voilà qu'il pleut à verse. Demain le soleil luira ; prenez garde ! le petit diable écloppé est capable de vous jeter une cheminée sur le dos.

Enfin Adolphe prit une résolution terrible : il devait conduire le lendemain Anaïs à l'Elysée f il jura sur le ciel, sur l'enfer et sur la tète de Napoléon qu'en revenant de l'Elysée il ne rentrerait pas dans son taudis, malgré les lois qui punissent les vagabonds.

XVf

A mademoiselle A nais.

« Anaïs, vous êtes un ange, vous êtes une fée, vous êtes le soleil, vous êtes le ciel ! Sans cette maudite duègne qui vous surveille, je serais toujours à vos pieds. Dites donc à votre maîtresse qu'elle fasse des fleurs sans vous empêcher d'aller vous épanouir au soleil, vous qui êtes la plus belle fleur du jardin de la vie. Tudieu ! vous m'avez fait poëte ! Il faut donc attendre à demain : encore un jour, encore un siècle ! Tu n'oublies pas , ma chère , que nous allons danser à l'Elysée. Quel Elysée f

» Je t'attendrai à six heures, dans un cabriolet, au coin de la rue Marie-Stuart. Si ton chapeau te déplaît, prends la peine d'entrer chez la modiste du passage ; elle est avertie.

» Au revoir, serpent.

» Adolphe. »

tA VERTU EST EN DANGER.

Dès que MUe Anaïs eut lu la dernière lettre de son amant , elle courut à la boutique de modes et de modistes. Le lendemain elle dit à Adolphe que son chapeau ayant perdu sa fraîcheur, elle s'était décidée, non sans peine, à en prendre un autre. Adolphe sourit avec malice; il savait que la belle n'avait jamais eu que le chapeau bleu fleuri de roses qiû encadrait alors si délicieusement sa jolie figure. Le cheval du cabriolet alla vite comme leurs amours.

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A l'Elysée ils dansèrent , et leurs cœurs dansèrent à se briser * Ils s'en revinrent la nuit, doucement appuyés l'un sur l'autre, et lentement , comme s'ils n'eussent pas été pressés d'arriver.

— La belle nuit, disait Adolphe le plus languissamment du monde. *

— La belle nuit! pensait Anaïs le lendemain.

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