‹ Les revenants; La maison de poupée;Chapitre 18 sur 31 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

Tout l'intérêt, toute l'action de cette pièce sst concentrée dans le personnage de Nora. Aussi est-ce sous le nom de Nora qu'elle a été représentée en Allemagne. J'ai cru devoir conserver au drame son tilre norvégien, n'ayant pas réussi à comprendre pourquoi le traducteur allemand le lui avait enlevé. Là, ne se sont pas arrêtés d'ailleurs les changements qu'il a cru devoir opérer. Non seulement des noms norvégiens ont été remplacés par d'autres, à consonnances germaniques : le texte même a été modifié en plusieurs endroits. Mais toutes ces germanisations ne sont rien à côté de celle qui a atteint le sens même de l'œuvre, son allure, sa physionomie, sa portée. Je parle du dénouement, corrigé à l'usage des scènes allemandes, pour satisfaire au sentiment d'un public prêt à tout admettre, sauf qu'une mère abandonne ses enfants et semble être justifiée par l'auteur. L'actrice chargée du rôle de Nora avait, paraît-il, refusé de le jouer avant qu'Ibsen , qui faisait très grand cas de son talent et ne voulait pas renoncer au concours d'une telle interprèle, eût consenti à ce que son héroïne, prise d'attendrissement à la dernière minute, tombât

à genoux devant la porte derrière laquelle reposent ses enfants — et renonçât à déserter le foyer conjugal. On parle d'une adaptation de Faust, où le docteur épousait Marguerite au dernier acte : elle ne me paraît pas plus étonnante que celle à laquelle le philosophe norvégien a dû se plier pour ouvrir la première brèche par laquelle il a pénétré sur les scènes étrangères. Paris vaut bien une messe! Demandera-t-il celle-là pour que Maison de poupée soit admis par un de ses théâtres? J'espère que non.

On a objecté, non sans quelque apparence de justesse, à ceux qui trouvent singulièrement brusque le changement à vue qui s'opère en Nora durant sa dernière scène avec son mari, que l'auteur, après avoir donné autant de réalité que possible à ses personnages pendant toute la durée de l'action, leur enlève ce manteau au dénouement, alors qu'il s'agit de tirer de la pièce tout l'enseignement moral qu'elle comporte, et les présente franchement pour ce qu'ils sont, pour ce que sont toutes les figures des drames d'Ibsen : des symboles. On a ajouté que le public ayant invariablement consenti à suivre le poète dans cette volte-face et à reporter son intérêt de la donnée dramatique à la donnée philosophique, la méthode avait démontré sa valeur.

Quel que soit le jugement qu'on puisse porter sur le procédé peut-être gratuitement attribué à Ibsen, cette justification n'a pas autant de raison d'être en Scandinavie qu'en Allemagne. C'est que, pour un public Scandinave, l'invraisemblance est moins grande. Il faut connaître les doubles et les triples fonds qui existent dans l'âme de la femme Scandinave et ménagent à qui l'observe les surprises les plus inattendues.

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