‹ Les revenants; La maison de poupée;Chapitre 6 sur 31 · XIV PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIV PRÉFACE

reux, qui, du reste, n'est pas dans l'esprit de la pièce et paraît une concession faite à l'optique du théâtre.

Qu'est-ce encore que les deux pièces les plus connues d'Ibsen, Maison de Poupée et les Revenants, sinon le procès, non du mariage, mais de la façon dont le mariage est compris? Dans Nora, on voit un mariage se dissoudre tout à coup, parce que la femme s'aperçoit que son mari est une créature d'autre espèce qu'elle, qu'il l'a méconnue, qu'il est incapable d'apprécier son cœur et de lui faire dans son estime le rang auquel elle adroit : et elle le quitte, plutôt que d'accepter, selon son expression, la vie commune avec un étranger. Dans les Revenants, on voit les suites de la solution contraire : la femme, M""® Alving, qui voulait partir, est restée, parce que le pasteur Manders, pour qui elle éprouvait une secrète tendresse, lui a fait comprendre que c'était son devoir, que les convenances et la morale lui interdisaient un scandale. Je sais peu de plus belle scène que celle dans laquelle, trente ans plus tard M""" Alving, explique au même Manders ce

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qu'a été sa vie; il a cru, comme tout le monde, que l'orage s'était apaisé, que la jeune femme, digne et trompée, avait pardonné, que le chambellan Alving, après quelques incartades, était rentré dans la correction : est-ce que sa veuve ne vient pas de construire un asile qui doit porter le nom de son mari? n'est-ce pas là un témoignage qu'elle veut rendre â sa conduite assagie? Point. Ces correctes apparences cachent une existence de douleurs, d'humiliations, de honte, un long calvaire gravi le front haut, le sourire aux lèvres — avec quel regret d'avoir sacrifié toute sa vie à des conventions qui, une fois violées, n'existent plus ou ne sont qu'hypocrisie!

Enfin, Empereur et Galiléen, un drame historique en deux parties, qui est r œuvre la plus considérable du dramaturge norvégien, synthétise toutes ses idées et prend les proportions d'un réquisitoire dressé contre les bases de la morale et de la société modernes. Cette œuvre mériterait, à elle seule, une longue étude : nous ne pouvons ici qu'en indiquer les grandes lignes.

PREFACE

Sous l'empereur Constance, la jeune religion chrétienne a déchu, tiraillée entre les divisions des innombrables sectes. Julien, qui était au commencementun partisan passionné des dogmes nouveaux, en arrive peu à peu, soit par le commerce qu'il entretient avec des mystiques grecs, soit poussé par les événements de sa vie, à considérer le christianisme comme une erreur et une folie; il revient donc au culte des dieux de la Grèce et de la beauté. Comme la mort de Constance lui donne le sceptre, son apostasie prend une immense importance. D'abord il veut se montrer tolérant et respecter toutes les croyances. Mais, mal entouré, sensible à la flatterie, faible de caractère et d'un esprit sujet à de brusques secousses, il se laisse entraîner dans la voie des persécutions. Ce qui se produit alors vient à rencontre de tous ses calculs : les chrétiens se réveillent sous les coups dont il les frappe, les plus tièdes deviennent ardents, les sectes ennemies se rapprochent, de tous côtés on court au martyre avec joie, en même temps qu'apparaît, au contraire, l'impuissance des

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