ACTE IV, scè.m: Vf
MATHÉUS
J'ai (oui rompu avant ma débâcle. . . . pour un i nfiiiitilbjie. . . qu'elle s' étuil permis!.. Ali! je suis bien revenu de toutes met; illusions !
G.viînin.i.E, arec honlinir.
Vraiment ! . . vous ne croyez plus aux rêves ?
MATHÉUS
Oh! si. . . plus que jamais!. .. D'abord, en prison, je ne faisais que ça : c'était ma seule distraction. . . Et même, tout éveillé, j'en faisais encore.... un surtout... je voyais sans cesse une femme. . .
GABRIELLE
Prenez bien garde, Monsieur Mathéus. . . . c'est peut-être encore une Octavie!
MATHÉUS, vivement.
Oh! non.. . Celle-là ne m'a jamais trompé.... elle m'avait toujours dit la vérité.... Pauvre petite, élevée près de moi, elle ne répondait aux brusqueries, aux injustices de ce vilain Maihéus que par la douceur et la résignation... [Avec un regard.) Le reconnaissez-TOUs ?
GABRIELLE, émUC.
Comment ! vous pensiez à moi ?.. . Je ne puis le croire.. .. Vous, Monsieur Mathéus, habitué au faste, aux grandeurs ; vous, qui en aimiez une autre, si brillante, si recherchée !..
Non, ce n'était pas de l'amour! ou plutôt c'était un amour
de têle, d'enfant, de vanité.... Mes yeux étaient éblouis, mon orgueil enflammé ; mais mon cœur n'en était pas complice... la preuve, c'estqu'à cette danseuse, je pouvais lui répéter sans cesse que je l'adorais, je trouvais des mots pour le lui dire, de l'esprit l)Our le lui persuader. .. {Se troublant et balbutiant.) tandis que... près de VOUS...
GABRIELLE
Eh bien ?
MATHEUS , hésitant.
Le cœur me bat je suis tout ému, tout interdit je n'ai
qu'une seule idée, et je ne trouve point de parole pour l'exprimer.
GABRIELLE
c'est singulier !.. Vous n'osez me parler, vous qui commandiez toujours en maître !
MATHEUS
Ah ! c'est qu'aujourd'hui... je ne pourrais plus qu'obéir.
GABRIELLE
Comment?
52 LES RÈVliS DK MATHÉtS.
MATHÉUS
Air : Zcmir et A;:ur.
Pour l'objet qu'on aime On devient si doux.
Et je suis moi-mc>me Plus tremblant que vous.
GABRIELLE
Vous m'aimez?... Ah! tant de bonheur!.. Moi qui vous croyais iii^ral!
MATHEUS, vivcmnil.
liigrat!... Vous m'aimiez donc aus.<5i?
GABRIELLE, baissant Jcs ijoix.
J'ai cru longtemps que ce n'était que de la reconnaissance...
MATHEUS , arec tronsi)ort.
<^u'ontends-je!... Gabrielie!...
GABRIELLE, entraînéeet na'ivpwcnl.
(Al ! M. Malhéus, je ne vous l'aurais pas dit, si vous étiez encore liche.
MATHÉUS, gaimciil.
Suis-je heureux d'être ruiné! Nous pourrons nous marier. . . car, j'ai encore quelques petites ressources, de vieilles créances, dont je n'avais plus la moindre idée... Ces braves négocianls sont remontéssur l'eau... A ma sortie de prison, j'ai trouvéune lettre qui m'attendait depuis deux mois, pour m'annoncer qu'ils étaient prêts à s'acquitter. Ce n'est pas une fortune, nous ne roulerons pas carossc.
GABRIELLE
Tant mieux !
MATHÉUS
Nous n'irons qu'à pied; mais je vous donnerai toujours le bras!
GÀVRISLLE.
oh! tant mieux!. . .
MATHÉUS, très gai.
Nous aurons de quoi acheter une jolie maisonnette. . . que nous habiterons avec la bonne vieille mère.
GABRIELLE, avec abandon.
Oh ! Dieu ! ne plus vous quitter !. . . Tout ce que je désirais au monde ! . . .
MATHÉUS, ravi.
Vrai?. . . vous consentez.
GAiiRiEi.LE, prête à se jeter dans ses bras. Si j'y consens !.. . {.ipart, s'arrêlanl frappée d'un souvenir.) Ah î . . . Et moi qui me suis engagée! . ■ . ce soir même! . . . MAÉTHus, tenJa7it toujotirs sa main.
Vous hésitez?. ..