DEUXIEME PARTIE
passés de notre vie et comme une seconde représentation de scènes précédemment mises en action. Presque toujours, au contraire, et surtout dans les rêves les plus lucides, nous croyons voir des choses toutes différentes de la réalité accomplie, nous croyons assister à la réalisation de ce que nous supposons qui pourrait advenir.
Ceux qui se rendent à cette évidence, tout en voulant réserver une part aux petits vaisseaux du cerveau, déclarent que si ce n'est pas toujours la série des mouvements organiques qui règle le cours des idées, le mouvement des idées n'en occasionne pas moins dans les fibres cérébrales des ébranlements solidaires, indispensables aux conventions dune bonne physiologie, ïl y aurait donc tantôt mouvement organique qui susciterait une pensée, tantôt initiative de l'esprit qui mettrait en avant la pensée, laquelle provoquerait aussitôt le petit mouvement de fibres son acolyte. Il est clair que l'esprit qui a le pouvoir de faire mouvoir mon bras sur un ordre de ma volonté, aura bien aussi celui d'imprimer un certain mouvement à l'organe, s'il faut que l'organe soit ébranlé de telle ou telle façon, quand telle ou telle pensée s'éveille ; mais du moment qu'on admettra quelquefois l'initiative intellectuelle, où sera la nécessité d'en restreindre l'action ? à quoi bon ces stériles discussions sur des faits dont la vérification
est impossible? Le mouvement de l'esprit luimême, voilà ce qui nous intéresse, et non pas le mécanisme fibro-cérébral dont il peut être accompagné *.
Quel que soit, d'ailleurs, la manière dont le cerveau fonctionne, soit qu'il obéisse entièrement aux impulsions que l'association des idées lui imprime durant nos songes, soit qu'il transmette à l'âme de temps en temps quelques avertissements des organes, la part de l'esprit comme initiative sera toujours, suivant moi, de beaucoup la plus grande, du moins chez l'homme en bon état de santé. Il faudra seulement remarquer que son esprit passera successivement par des alternatives de passivité et d'activité, dont l'observation a été pour moi le premier point de départ des expériences qui m'ont conduit au résultat de guider à volonté la marche de mes rêves. Tantôt il laissera les idées se succéder au gré des liens capricieux
1 . La preuve que l'initiative des tableaux du rêve appartient souvent àl'esprit résultera de plusieurs observations consignées dans la troisième partie de ce volume. Elle réside d'ailleurs dans ce fait qu'il suffit très-souvent de désirer ou de craindre, en rêve, qu'une image apparaisse ou qu'un fait s'accomplisse pour qu'à l'instant ce désir ou cette crainte soient réalisés. — D'autres fois , sans qu'il y ait précisément crainte ni désir, il y a simplement prévision, c'est-à-dire que nous devinons ce qui va s'offrir à nos yeux , et cela précisément parce que la pensée de l'objet précède, dans ce cas, le phénomène de sa représentation imaginaire aux yeux de notre esprit.