‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 101 sur 254 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

cela que les visions abondent dans nos rêves, et voilà comment le sens de la vue est celui qui conserve le plus d'activité chez l'homme endormi. » Qu'il me soit donc permis de hasarder encore quelques raisonnements à propos de cette pure théorie, suivant laquelle chaque idée étant pour ainsi dire incarnée dans un nerf, la mémoire, au lieu d'être une faculté de l'âme, ne serait plus que le résultat de la propriété qu'auraient les fibres du cerveau d'exécuter, par une sorte de galvanisme, des enchaînements rétrospectifs de certains petits ébranlements de fibres précédemment exécutés; de telle façon que le phénomène de l'association des idées demeurerait lui-même réduit à quelques petits tiraillements cérébraux.

Voyons, avec un tel système, comment le mécanisme du songe est expliqué. Je suppose d'abord que nous devrons admettre dans le cerveau l'existence d'autant de fibres qu'il pourra contenir d'idées. Ceci convenu , voilà que l'une de ces fibres innombrables se prend tout à coup à tressaillir; cette fibre-là se trouve justement représenter un forgeron debout devant son enclume, un marteau en l'air d'une main et ses tenailles de l'autre, avec une pièce de fer rouge au bout. Mais ce ne sera là qu'une image stéréotype, immobile, et qui ne sera susceptible d'aucune modification, si le premier ébranlement automatique

n'est point suivi d'autres mouvements secondaires justement coordonnés de manière à représenter le forgeron abaissant ia main qui tient le marteau pour frapper le fer rouge, agitant ses tenailles, relevant son marteau, etc., etc. Or, si le premier tiraillement des fibres cérébrales a été accidentel, comment supposer que tous les autres mouvements qui devront le suivre, pour la continuation du rêve, auront lieu de même accidentellement ? Cela parait-il vraiment admissible ?

On me répondra peut-être que ces ébranlementsde fibres s'enchaînent les uns aux autres par la seule force de l'habitude, et qu'il suffit qu'un certain enchaînement se soit effectué une fois pour qu'il se reproduise indéfiniment. Je veux concéder encore cette hypothèse, mais alors, comme le premier enchaînement aurait eu lieu dans la vie réelle, et par suite d'impressions réellement perçues, on ne pourrait voir se dérouler en rêve que des scènes et des tableaux rigoureusement pareils à ceux qui auraient impressionné déjà les sens dans l'état de veille. Si ce forgeron, par exemple, était en repos quand j'en ai recueilli le souvenir, je ne pourrais jamais le rêver en mouvement. Or, qui voudrait soutenir une pareille opinion, et que deviendrait l'incohérence des songes avec elle? Remarquons, d'ailleurs, que nos rêves sont bien rarement la simple reproduction des incidents

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