‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 105 sur 254 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

naissance, il n'y aura rien de surprenant à ce que ce soit aussitôt cette personne qui captive mon attention. Tout cela n'empêche point mon imagination de poursuivre, en les suscitant elle-même, toutes les péripéties du drame qui s'accomplit. Maintenant, s'il vient à me passer par l'esprit la crainte que la barque ne chavire, ou qu'un harpon ne blesse celui qu'on veut sauver, ces accidents se réaliseront très-probablement avec la rapidité de la pensée. — Si je suis, au contraire, une direction d'idées qui ait le sauvetage pour résultat, je pourrai me trouver tout à coup à côté du sauvé, le félicitant de tout cœur et lui serrant affectueusement la main. Lui ai-je donné déjà quelque poignée de main au milieu d'un bal, en le complimentant sur quelque heureux événement de famille? Ce bal ressuscitera peat-être aux yeux de mon esprit sans autre transition. Je rêverai que je valse; l'association des idées s'engagera dans une tout autre voie, et mon esprit, cessant dès lors d'y apporter son attention dirigeante, les incidents les plus disparates pourront se succéder et s'emmêler de nouveau sans qu'aucune action suivie les domine , sans que je puisse découvrir, au réveil, comment ils se sont liés les uns aux autres , pourvu que j'aie perdu le souvenir du moindre chaînon.

Remontons à l'une des phases de ce rêve: si,

tandis que l'homme était dans l'eau, le cours de mes idées m'avait fait songer à le sauver moimême , c'est moi qui me serais trouvé avoir la gaffe en main, c'est moi qui aurais blessé cette personne amie que je voulais sauver; peut-être même 1 aurais-je tuée, si la crainte m'en était venue, puisque nous savons que redouter une image, en rêve, c'est le plus sur moyen de l'évoquer. Alors, j'aurais pu me figurer la douleur de sa famille, je me serais senti suffoqué de larmes ; et au lieu d'assister à un bal, comme dans l'autre combinaison, je me serais cru à l'enterrement du défunt au milieu d'une église tendue de noir. Enfin, si par un nouveau revirement d'idées, la mémoire m'avait subitement ramené au souvenir d'une tout autre personne, avec laquelle je me serais rencontré à quelque convoi, mais aussi dans quelque partie de plaisir, ce nouveau souvenir ravivé aurait brisé la trame dont l'esprit dirigeait le fil; le catafalque aurait disparu, d'autres décors auraient pris sa place, et Y esprit serait rentré dans son rôle passif indiqué plus haut.

C'est ainsi que les phénomènes alternatifs d'activité et de passivité se manifestent. C'est ainsi que les images s'enchaînent et se succèdent dans les songes, c'est ainsi que les scènes et les tableaux les plus disparates en apparence sont toujours étroitement liés par le principe de l'association des

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