‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 107 sur 254 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

pocrate l'avait remarqué, des maux d'une vivacité extrême, comme l'odontalgie, par exemple, laissent le plus ordinairement toute liberté à l'association des idées, si le sommeil a pu l'emporter sur la douleur* Cette douleur est-elle persistante? amène-t-elle enfin des rêves auxquels elle se trouve mêlée? il est rare que ce soit dès la première nuit où l'on en souffre, ce qui semblerait indiquer que c'est moins la douleur elle-même qui agit alors sur le rêve, que le souvenir de cette douleur ressentie déjà depuis quelques jours, lequel souvenir s'est marié déjà avec beaucoup d'autres et peut être ramené plus fréquemment par l'association des idées.

M. Lemoine fait cette remarque ingénieuse « que la sensation des objets extérieurs est rare pendant le sommeil et généralement confuse, que si elle était plus fréquente et plus claire, elle dissiperait l'engourdissement des organes. Elle n'est vraiment bien vive, ajoute t-il, que lorsque les sensations véritables qui naissent en notre âme peuvent entrer dans le cadre de notre rêve, sans nous rappeler à la réalité. » Mais il raisonne sans tenir compte des phénomènes de la rétrospeclion1, que ni lui, ni ses devanciers n'ont observé.

Après cette question de l'influence des organes

sur l'esprit, pendant le rêve, celle qui se présente tout naturellement comme sa contre-partie, consiste à examiner l'action partielle ou incomplète, mais très-réelle, que F esprit peut exercer à son tour sur les organes dans certains cas de surexcitation morale, que n'exclut point îe profond sommeil. Cette action (qu'il ne faut pas confondre avec celle du sentiment de vigilance instinctif dont les mouvements automatiques sont le résultat) empêche suivant moi le sommeil d'être réparateur, lorsqu'elle se manifeste, bien plus que les songes tumultueux auxquels l'esprit seul aura pris part1. Si je manque à cet égard d'observations multiples, si j'ai considéré cet ordre de faits comme appartenant à la physiologie pathologique plutôt qu'à l'étude des rêves proprement dits, j'appellerai cependant l'attention de tous ceux qui aiment à s'étudier eux-mêmes sur la nature de cet effort douloureux que l'âme fait parfois dans un rêve pénible, pour agiter un membre ou pousser un cri. Je signalerai surtout l'acte de véritable volonté, par lequel, se révoltant contre des images illusoires qui l'obsèdent et dont elle a fini par comprendre la fausseté, l'âme secoue tout à coup le sommeil intense et force le corps à se réveiller. Cet effort extraordinaire n'est plus dirigé con-

4 . Voir plus haut l'observation de Moreau (de la Sarthe), page 4 23, ligne 9.

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