‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 109 sur 254 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

songes présentent avec clarté au peintre, au musicien, au poëte. De là, la sonate du diable que Tartini cherche en vain pendant la veille, qu'il entend dans un rêve, et qu'il reconstruit par lambeaux dans son souvenir. Mais de là aussi ces figures hideuses , tous ces monstres horribles, toutes les formes de la laideur, tous les caprices de la difformité qui réunissent dans un seul corps tout ce que la nature, dans ses moments d'erreur, n'a tiré qu'à moitié du chaos (page 182). »

Je cite avec grand plaisir ce passage éloquent. L'auteur y reconnaît comme moi l'incomparable intensité des émotions qu'on ressent en rêve, justifiant ainsi le charme et l'intérêt qu'on peut attacher à l'idée de maîtriser ses rêves et les diriger.

De l' intelligence. M. Lemoine émet, à propos de l'intelligence, une opinion que je partage encore, c'est que si nous portons souvent des jugements faux , en rêve, cela ne prouve nullement que nous soyons alors sous l'influence d'une alté* ration momentanée des facultés de notre entendement. Si nos jugements sont faux, c'est parce que les éléments de nos comparaisons et de nos raisonnements sont le plus souvent disparates et incohérents. Ainsi ferait un mathémacien qui ne se tromperait pas dans ses calculs, mais qui aurait basé ses opérations, dès le principe, sur des chiffres erronés.

Ceci nous conduit tout naturellement à signaler au passage une autre opinion bien capable de donner à réfléchir. C'est que la folie, la fièvre, l'ivresse réduisent l'âme, sous ce point de vue, aux mêmes conditions qui lui sont faites par le sommeil, ce S'il y a une différence aux yeux des médecins, il ne saurait y en avoir aux yeux du psychologue, parce qu'il n'y a de différence que dans l'état des organes; il n'y en a vraiment aucune pour l'âme elle-même.

« La démence, la folie sont donc improprement appelées des maladies mentales. L'âme n'est point malade, mais seulement l'organe. L'aveugle n'est privé du spectacle de la lumière que par le vice ou la maladie de l'organe visuel. La puissance de voir est d'ailleurs aussi intacte chez lui que chez celui qui voit en effet. Ainsi, la raison du fou, de l'homme ivre et du dormeur est seulement dévoyée par les illusions ou les hallucinations dont il est le jouet. »

Le docteur Bayle a publié l'observation remarquable d'une hallucinée qui se croyait entourée de démons. Elle répondait à ceux qui essayaient deluidémontrerson erreur : « Comment connaîton les objets? Parce qu'on les voit et qu'on les touche. — Or, je vois, j'entends et je touche les démons qui sont hors de moi, et je sens de la manière la plus distincte ceux qui sont dans mon in-

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