DEUXIÈME PARTIE
teneur. Pourquoi voulez-vous que je répudie le témoignage de mes sens lorsque tous les hommes les invoquent comme l'unique source de leurs connaissances. »
D'un autre côté, M. Brière de Boismont, dans son Traité des hallucinations •, cite plusieurs exemples de fous et d'hallucinés qui , tout, en se montrant vivement impressionnés par des bruits et des apparitions terribles , ne laissaient point cependant de reconnaître et de convenir que ces bruits ou ces apparitions n'avaient rien de réel.
Le fou est donc peut-être un rêveur qui rêve tout haut. L'étude des opérations de l'esprit chez les insensés pourrait donc aussi, peut-être, jeter une certaine lumière sur l'état de l'âme pendant le sommeil.
Il y aurait toutefois cette notable différence entre le rêve du simple dormeur et celui de l'insensé que, par un violent effort de volonté, le dormeur qui a conscience de son état peut toujours secouer son rêve, tandis que le fou, même conscient, ne saurait se débarrasser des illusions qui l'obsèdent.
De la. conscience. — M. Lemoine pense que la conscience, en tant que puissance d'observer avec attention ses sensations et ses pensées, est supprimée durant le sommeil ; que nous ne pouvons, en
dormant, nous rendre compte de l'état dans lequel nous sommes, et que nous n'avons enfin qu'une conscience rétrospective des rêves que nous avons eus.
Si cette assertion n'était pas avancée d'une manière absolue; si l'on n'entendait l'appliquer qu'à la généralité des dormeurs, qui n'ont jamais eu la pensée de s'étudier pendant cette phase de leur existence, je ne ferais nulle difficulté de l'admettre, ayant souvent constaté, dans mes entretiens sur ce sujet avec un grand nombre de personnes, que la conscience du rêve, pendant le rêve, était, en effet, chez la plupart d'entre elles, un accident tout exceptionnel ; mais, d'un autre côté, ayant expérimenté par moi-même et par le concours de plusieurs amis , avec quelle promptitude et quelle facilité on acquiert la faculté de posséder cette conscience, pourvu qu'on y exerce son esprit, je ne puis que nier très-énergiquement ce que M. Lemoine avance. Je pose, au contraire, en principe que parmi les gens qui voudront bien prendre la peine d'écrire seulement pendant trois mois, tous les matins, leurs songes de la nuit (en faisant quelque effort de mémoire pour les retrouver, quand il leur semblera de prime abord quils n'ont rien rêvé, suivant la locution reçue), l'exception sera du côté de ceux qui n'auront pas déjà fréquemment, durant le