‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 11 sur 254 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

une influence énorme. Les relations habituelles, le milieu dans lequel on vit, les spectacles de toute sorte auxquels on assiste, les peintures, les albums que l'on regarde, et jusqu'aux lectures que l'on fait sont autant d'occasions pour la mémoire de multiplier indéfiniment ses clichés-souvenirs . Ce qui n'était que l'œuvre d'un artiste prendra bien souvent en songe le corps et les apparences d'une réalité; de telle façon qu'alors, à proprement parler, nous rêverons en effet à des personnages imaginaires; mais n'est-ce point encore exactement ce qui s'opère dans la vie réelle, quand nous laissons courir l'imagination à la recherche de quelque conception relativement nouvelle? Qu'est-ce que créer pour l'homme? Qu'estce qu'inventer , en peinture, en littérature, en poésie ? N'est-ce point combiner et réunir dans un nouvel ensemble les divers moyens de séduction dont les éléments nous sont fournis par notre mémoire, c'est-à-dire par nos clichés-souvenirs ? Entre penser et rêver, cette énorme différence existe toutefois, que l'éclat du jour et du monde ambiant, dans la vie réelle, ne permet jamais à nos simples conceptions de revèlir une forme nette et certaine l, tandis que, dans le rêve, quand les

4 . Excepté dans V hallucination proprement dite, que je considère comme le songe d'un homme éveillé.

volets sont fermés à la lumière du dehors, il n'est

point de pensée relative à un objet réel qui ne

soit accompagnée de son image solidaire, tout ce

que nous imaginons se montrant aussitôt avec le

plus ou moins de netteté que comportent les cH>

ckés-souvenirs.

Mais comment s'établit en rêve le cours des idées? Par quelles causes la pensée est-elle déterminée à se porter sur tels ou tels objets ? Nous allons l'examiner tout à l'heure, après que nous aurons épuisé quelques préliminaires obligés.

Voyons d'abord, à l'appui des trois propositions qui précèdent, quels exemples mon journal pourra me fournir :

Ma première remarque s'appliquait à un fait que chacun a pu constater maintes fois, à savoir, que s'il est des visions d'une netteté parfaite, il en est d'autres, et en grand nombre, qui semblent confuses, indécises, et comme enveloppées de brouillard. Quand c'est tout l'ensemble du rêve qui se montre ou nébuleux ou vivement dessiné, la cause en est fort souvent dans le plus ou moins d'intensité du sommeil, ce qui s'explique très-aisément; mais lorsqu'à côté d'une vision claire, une autre vient se placer vague et obscure, quelle en est la raison?

Les théoriciens qui savent trouver dans le système nerveux l'explication de toute chose, ne

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