DEUXIÈME PARTIE
imagination sensible, passive, animale, mémoire Imaginative, elle tient de plus près encore à la sensibilité qu'à l'intelligence ; elle dépend presque autant de la sensibilité des organes que de celle de l'âme. Ses qualités ne sont que celles d'un miroir ou d'un écho qui réfléchit ou répète, avec plus ou moins de fidélité et de distinction, les images et les bruits. La seconde, l'imagination qui fait le poëte dans le sens grec du mot, suit une marche inverse de la précédente. Au lieu d'être le miroir ou l'écho des organes du dehors , elle rayonne sur les sens et les organes qui imitent et représentent à leur manière, avec les sons, les couleurs et les mouvements de toute sorte, les conceptions de l'esprit. Ces représentations sont bizarres ou belles; ce sont des combinaisons mesquines ou de grandes et véritables créations ; au moins est-ce toujours l'esprit qui agit sur les sens et la matière.
« S'il importe pour la psychologie de la veille d'établir cette différence, elle a bien plus d'importance encore dans la psychologie du sommeil et l'analyse des rêves, pour faire la part de l'influence des organes et celle de l'esprit.
« On doit, en effet, distinguer deux sortes d'hallucinations dans le sommeil, comme dans la folie : l'une qu'on pourrait appeler organique et qui a pour cause l'état d'engourdissement ou de maladie du cerveau et le mouvement intestin qui y
2f€ LES REVES.
prend naissance; l'autre, qu'on peut dire intellectuelle, et qui résulte de l'action volontaire ou forcée que donne l'esprit à une pensée. Dans l'une, le signe matériel d'un objet absent éveille l'idée de la chose signifiée ou de quelque chose de semblable; dans l'autre, l'objet de la pensée prend une forme et se réalise en dehors, en suscitant dans le cerveau le mouvement qui en est le signe familier ou ceux qui lui ressemblent. Lorsqu'un fantôme m'apparaît tout à coup dans un rêve, sans qu'il y ait aucune raison , tirée même de l'association de nos idées, qui puisse en avoir suscité l'apparition, c'est une hallucination organique ; l ébranlement de quelque fibre a provoqué cette image. Mais lorsque, effrayé de sa laideur, je veux fuir, c'est ma peur qui met en mouvement le fantôme et le lance à ma poursuite, c'est une hallucination intellectuelle. »
Je viens d'emprunter à M. Lemoine un fragment qui débute par des considérations excellentes, a mon avis, sur une distinction à établir entre deux sortes d'imaginations; mais il est bien entendu que je fais toutes réserves à l'égard des passages transcrits en lettres italiques. Ces passages se lient au système de l'auteur sur les ébranlements des fibres cérébrales considérés comme cause efficiente des rêves, ce que j'ai déjà repoussé. J'avouerai aussi que je préfère appeler simplement