DEUXIEME PARTIE
c'est que la sensibilité se développe quelquefois d'une manière extraordinaire pendant le sommeil. Le propre des rêves est d'exagérer les sensations tant internes qu'externes, ce dont un médecin habile observateur peut tirer des inductions de la plus haute portée.
« Ce à quoi j'ajouterai naturellement que ce genre de dignostic sera d'une importance bien plus grande encore , si l'habitude de s'observer en songe permet au dormeur d'analyser lui-même les sensations. En effet, comme on le sait, les maladies commencent en général par un travail morbide latent , qui a lieu dans les profondeurs de l'organisme; c'est ce qu'on appelle la période d'incubation. Pendant cette période les malades jouissent en apparence d'une parfaite santé, et assurément ils sont loin de se croire menacés d'un danger imminent. Eh bien! pendant le sommeil, ce travail morbide peut, dans certains cas, devenir sensible et appréciable, et provoquer des rêves qui auront des rapports plus ou moins directs ou sympathiques avec l'organe dans lequel s'opère ce commencement de travail pathologique. Ainsi, par exemple, supposons que l'organe lésé, soit le foie ou le cœur, le malade rêvera qu'il est percé par une épée, un poignard, un instrument quel conque qui traversera ces organes; et si ces rêves se répètent souvent, on pourra les regarder comme
des signes précurseurs d'une affection grave dont le médecin pourra peut-être prévenir les effets par des moyens préventifs appropriés. Les exemples suivants prouvent la vérité de cette assertion :
« Arnaud de Villeneuve rêve qu'il est mordu par un chien à la jambe, et peu de jours après un ulcère cancéreux se développe sur le même point.
« Le savant Conrad Gesner rêva une nuit qu'il était mordu au côté gauche de la poitrine par un serpent et une lésion grave et profonde ne tarda pas à se montrer dans cette même partie. C'était un anthrax malin qui se termina par la mort au bout de cinq jours.
« M. Teste, l'ancien ministre de Louis-Philippe, rêva trois jours avant sa mort qu'il avait une attaque d'apoplexie, et trois jours après son rêve, il succombait effectivement à cette affection.
« Moi-même , ajoute enfin le docteur Macario , j'ai rêvé une nuit que j'avais un violent mal de gorge. A mon réveil j'étais bien portant, mais quelques heures plus tard je fus atteint d'une amygdalite intense.
« Plusieurs fièvres ataxiques sont souvent signalées par des rêves. On a vu même des maladies épidémiques dont les songes étaient le précurseur constant. »
Cette thèse, que j'appuierai de mes observations personnelles, est soutenue par M. Macario avec