TROISIEME PARTIE. 26Î
physique vous diront que l'intensité relative du sommeil dépend uniquement de la disposition des organes. Je dirai, moi, que dans les songes comme dans la vie de relation, une réaction continuelle se produit réciproquement du physique sur le moral, ainsi que du moral sur le physique. Si l'engourdissement du corps, sous l'influence de causes purement physiques, amène cet isolement de l'esprit qui constitue le rêve, l'esprit réagit à son tour sur la matière en augmentant ou diminuant l'engourdissement du corps.
Au moment de vous endormir, concentrez fortement votre pensée sur un souvenir; fixez la silhouette de l'une de ces hallucinations du premier sommeil qu'on a nommées hypnagogiques, si vous êtes du nombre des personnes à qui ces visions ne font point défaut. De cette concentration, de cet isolement de votre esprit résultera aussitôt une progressive augmentation dans la netteté des images naissantes, qui constituent déjà votre rêve.
Recommandez, au contraire, que l'on vous réveille peu à peu, alors que vous êtes bien endormi, et que l'on dissippe ainsi graduellement votre sommeil. Recueillez aussitôt vos souvenirs, et vous reconnaîtrez que vos visions perdaient sensiblement de leur netteté durant les derniers moments de ce sommeil troublé.
Je ne me chargerai pas de vous enseigner quel
rôle jouent les fibres cérébrales dans ces réactions successives. Je répéterai seulement que de même que l'engourdissement du corps porte l'esprit à s'isoler, de même l'isolement de l'esprit amène l'engourdissement du corps, et sans craindre d'empiéter ici sur le chapitre suivant, où il sera spécialement traité de Y attention en rêve, je citerai à l'appui de cette opinion une expérience des plus probantes, que chacun pourra répéter dès qu'une certaine pratique lui aura donné l'habitude de s'observer parfois en rêvant1. Vous rêvez, je suppose, que vous êtes dans un jardin ; vous avez conscience de votre rêve, et vous admirez avec quelle netteté comme avec quelle vivacité de couleurs le miroir magique de votre mémoire reproduit tous ces arbres, ces fleurs, ces plantes qui semblent vous entourer. Si rien n'altère la pureté de ces illusions, le rêve se poursuit, se modifie au gré de l'association des idées, et le bois disparaît pour faire place à quelque autre ta-
\ . Sur quatorze personnes avec qui je me suis entretenu de la possibilité de s'observer soi-même en rêvant, et qui ont bien voulu essayer de suivre mes avis à ce sujet, deux m'ont déclaré tout d'abord qu'il leur était arrivé déjà quelquefois de s'apercevoir en rêve, qu'elles rêvaient; neuf sont parvenues très-vite au même résultat; deux ont mis trop peu de persévérance dans leurs tentatives pour que l'on en puisse tirer aucune conséquence sérieuse ; une seule ma déclaré n'avoir pu vraiment y parvenir.