TROISIÈME PARTIE
bleau non moins net; mais si vous voyez pâlir et s'embrouiller aux yeux de votre esprit les images de ces arbres, de ces plantes, de ces fleurs, tout à l'heure si distinctes, vous pouvez tenir pour certain que votre sommeil se dissipe. Laissez l'effet se produire, et quelques instants plus tard vous serez complètement réveillé.
Préférez-vous diriger l'expérience dans la voie opposée? Affectez de garder (en rêve) une immobilité complète1, et concentrez fortement votre attention sur l'un des menus objets dont l'image n'a point disparu, une feuille d'arbre par exemple. Cette image retrouvera peu à peu toute la netteté qu'elle avait perdue, vous verrez renaître graduellement la vivacité des contours et de la couleur, comme il en serait d'une image dans la chambre noire, à mesure que vous l'amèneriez au point. Quand vous en serez revenu à distinguer clairement les petits détails, vous pourrez mettre fin
1. Quand le sommeil est complet, l'action de la volonté sur les muscles est complètement suspendue. Vous pouvez commander, en rêve, tous les mouvements locomotifs sans que vos bras ni vos jambes en ressentent aucunement l'influence. Mais dès que le sommeil s'altère, il n'en est plus de même. Si faiblement que ce soit, la volonté reprend son action sur les muscles, et chaque mouvement qu'on leur commande en rêve contribue graduellement à dissiper l'engourdissement du corps. L'immobilité que le songeur s'efforcera de garder ne sera donc pas purement imaginaire. Elle contribuera puissamment au contraire à favoriser le sommeil.
à cette contemplation momentanée, et promener de nouveau les yeux de votre esprit sur les illusions qui vous entourent. Le rêve aura repris son cours; le réveil immédiat sera conjuré. Vous aurez arrêté le desengourdissement des organes qui avait commencé à s'opérer sous l'influence de quelque cause externe ou interne, et le sommeil aura reconquis toute son intensité.
Les images qui composent le rêve sont donc d'autant plus vives que le sommeil est plus profond. La transition delà veille au sommeil est donc caractérisée par une intensité progressive dans la netteté des images, comme le retour de la veille au sommeil (en cas de réveil gradué) par la diminution progressive de cette même lucidité. Ce qui nous explique tout naturellement un fait que presque tous les auteurs se bornent à mentionner sans le commenter, à savoir que les songes les plus clairs sont aussi les plus suivis. Ils sont les plus suivis parce qu'ayant lieu durant le sommeil le plus profond, ils sont bien moins assujettis que les rêves d'un sommeil léger à ces mille petites causes de modifications qui résultent des impressions produites sur nos sens par le monde réel, quand toute communication n'est pas interceptée entre lui et notre esprit. — '
Faites-vous réveiller deux heures après vous être endormi ; rappelez vous les rêves qui occu-