Un phénomène inverse est également consigne tlar.s mes
Que l'on rapproche cet exemple de celui qui est rapporté page 224, on reconnaîtra qu'il est de la même famille, et il servira comme lui à prouver que la puissance de la mémoire, surtout de cette mémoire que les Anglais ont appelle fancj, est infiniment plus grande à l'état de rêve qu'à l'état de veille.
Les arcanes de notre mémoire sont comme d'immenses souterrains où la lumière de l'esprit ne pénètre jamais mieux que lorsqu'elle a cessé de briller au dehors. Que l'on ne s'étonne donc pas si l'on revoit en songe, avec une lucidité merveilleuse, des personnes mortes ou absentes depuis très- longtemps, si l'on retrouve dans leurs moindres détails des lieux qu'on visita, des airs qu'on entendit, où même des pages entières que Ton a lues plusieurs années auparavant.
Un de mes amis, excellent musicien, m'a rapporté qu'ayant cru entendre, en rêve, un morceau remarquable exécuté par une troupe de chanteurs ambulants, et se l'étant rappelé à son réveil sans conserver d'ailleurs aucun souvenir de l'avoir encore jamais lu ni entendu, il avait pris soin de le noter aussitôt, persuadé que lui-même en avait eu l'inspiration durant son sommeil. Quel fut donc
notes. Je vois en songe une personne qui me semblait inconnue. Je me réveille, et je me rappelle aussitôt qui elle est.
son étonnement, plusieurs années ensuite, de retrouver ce morceau dans un recueil de musique ancienne, tombé par hasard entre ses mains. En vain chercba-t-il à se remémorer quand et comment ia lecture ou la première audition en avait été par lui faite ou perçue, Ce souvenir, si nettement ravivé sous l'empire du songe, ne se révélait pas même de la façon la plus vague à l'esprit de l'homme éveillé.
J'ai recueilli moi-même bon nombre d'exemples du même genre, moins saisissants, mais non moins authentiques. C'est que pour être complètement introuvables à l'état de veille, les réminiscences qui se sont ravivées durant le songe n'en existaient pas moins cachées dans quelque coin reculé des magasins delà mémoire. Un capricieux enchaînement d'idées a jeté tout à coup sur elles une lueur rapide comme un éclair, et, cette lueur passée, elles se sont évanouies de nouveau , ainsi que les buissons perdus de la campagne qu'un instant la foudre illumine par une nuit d'orage, mais qui rentrent aussitôt dans l'obscurité.
Combien de traits de mémoire analogues l'esprit de chacun de nous ne doit-il pas accomplir, en ce qui regarde l'immense famille des souvenirs acquis par le sens de la vue ? Qui de nous, frappé de l'étrangeté de quelque visage ou de quelque tableau, qu'il vient d'apercevoir en songe et qu'ii
lui semble avoir aperçu pour la première fois, pourrait affirmer que jamais rien de semblable rie s'était offert encore à lui, ni en réalité, ni sous aucune forme représentative ?
Si parfois la réapparition de ces images nous semble absolument nouvelle, d'autres fois une vague réminiscence nous dit quelles ne nous sont pas entièrement inconnues. On trouve, chez les philosppbeset chez les poètes orientaux, des passages relatifs à l'idée d'une existence antérieure, qui me paraissent leur avoir été inspirés précisément par ces rêves dans lesquels nous voyons des choses qu'il nous semble connaître depuis longtemps et dont cependant, au réveil, nous ne nous souvenons point d'avoir eu réellement connaissance. Tantôt c'est une situation pénible ou charmante, tantôt une habitation dont nous devinons l'intérieur avant d'en avoir franchi le seuil, tantôt ce sont des visages amis ou redoutés.
Par opposition, et pour continuer de passer en revue ces mystérieuses opérations de la mémoire et de l'imagination pendant le sommeil^ mentionnons un phénomène qui, bien que plus rare, se manifeste pourtant assez fréquemment. C'est le cas où l'imagination ayant produit en rêve quelque combinaison d'idées ou d'images relativement nouvelle , dont l'esprit a été particulièrement frappé, cette combinaison vient à se reproduire