TROISIÈME PARTIE
saisissais immédiatement le fil de la composition, comme si j'avais eu, en réalité, un texte écrit sous les yeux. »
Une énigme psychologique assez étrange n'estelle point posée par ce rêve-là ? Lorsque, dans la réalité, nous consultons un manuscrit pour nous rappeler les idées que l'écriture y a consignées, c'est la vue qui vient au secours de notre mémoire, grâce à la médiation effective des signes conventionnels réellement fixés sur le papier ; mais, en songe, où tout n'est qu'illusion et travail intellectuel de l'imagination et de la mémoire , de quelle façon pouvait procéder mon esprit pour que ma mémoire semblât secourue par ce seul fait de croire consulter un manuscrit, qui ne pouvait lui-même apparaître aux yeux de mon esprit que par un effort de l'imagination ou de la mémoire, sinon par 1 active réunion de ces deux facultés ?
Bien des questions de ce genre resteront longtemps en suspens. Celles qui intéressent directement la mémoire auront parfois leur solution précise, lorsqu'un concours particulier de circonstances permettra de reconnaître qu'il y a eu simple travail de cette faculté, là où l'on aurait cru d'abord que l'imagination avait tout fait. Mais, en réfléchissant à certains tours de force de la mémoire, on hésitera souvent à affirmer que telle