TROISIÈME PARTIE
du chapitre où je cherche à analyser la marche et le tissu des rêves, on devra s'y reporter au besoin, comme à l'annexe complémentaire de celui-ci.
Observations sur l'exaltation de la sensibilité morale et de la conceptivité intellectuelle
EN RÊVE , ET SUR LES TRAVAUX DE l'eSPRIT QUE l'on EXÉCUTE EN RÊVANT.
De l'exaltation de la sensibilité, en général. — Distinction entre les travaux- scientifiques et les travaux littéraires exécutés en rêve, au point de vue de la valeur qu'ils peuvent avoir. — Vers composés en dormant. — Rêve d'un joueur d'échecs et enseignements qu'il comporte, quant à la puissance rmaginative. — Comment un songe peut se réaliser sans que ce fait ait par lui-même rien de merveilleux. — Rêve d'un mathématicien illustre. — Influence de certains rêves sur le moral des hommes et sur les actions de leur vie réelle.
La nature ne nous accorde évidemment, à l'état normal, qu'une puissance de tension relativement médiocre sur les cordes de la sensibilité morale ou physique. Sachant bien que nous serions disposés souvent à en abuser, s'il nous était permis de porter la puissance active ou perceptive à ses
limites extrêmes, elle a laissé une très-grande latitude entre ce que nous pouvons commander habituellement à nos organes et ce qu'il leur serait réellement possible d'exécuter. Aussi voyonsnous se produire, sous l'influence de certains états exceptionnels, des phénomènes merveilleux en apparence, qui ne sont cependant que la révélation momentanée des ressources permanentes de notre organisme. La catalepsie, le somnambulisme, la fièvre cérébrale, les aliénations mentales, l'exaltation de l'enthousiasme, de la fraveur et du désespoir ont souvent fourni des exemples frappants de cette vérité. Mais est-il nécessaire de recourir à ces phénomènes plus ou moins morbides pour constater des manifestations analogues de la puissance active et perceptive? Dans cet isolement du monde extérieur qui lui permet de condenser, pour ainsi dire en elle-même, toute la chaleur, toute la puissance, toute la vivacité de ses émotions et de ses pensées; sous l'empire de cet état appelé sommeil, qui ferme les yeux du corps aux perceptions nouvelles pour ouvrir ceux de l'esprit sur les richesses enfouies de la mémoire; alors que la nuit se fait au dehors tandis que l'illumination se fait au dedans, l'àme ne peut-elle atteindre à un degré de sensibilité très-supérieur à celui dont elle est susceptible à l'état de veille? Cette question est celle que nous allons d'abord examiner,