‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 177 sur 254 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

plus attentivement que nous ne l'avons fait encore. Tous les auteurs nous ont dit oui; chacun de nous se l'est souvent dit à lui-même, au sortir de quelqu'un de ces songes poignants ou supersensuels qui avaient noyé son cœur dans la douleur ou le plaisir. Des gens habituellement trèscalmes et très-pacifiques se rappelleront qu'ils ont senti s'allumer en eux, sous l'empire de certaines visions irritantes, toutes les foudres du courage aveugle et de la colère la plus exaltée. Des hommes peu impressionnables d'ordinaire avoueront qu'ils ont fait peut-être un de ces rêves chimériques à la suite duquel ils sont restés durant quelques instants, et bien que réveillés, sous l'impression d'une réelle terreur. Le sentiment du doux et du beau, l'horreur du vide, de l'obscur, de l'inconnu peuvent prendre, surtout dans ces moments si courts, des proportions vraiment extraordinaires. Le fait n'ayant pas besoin d'être discuté en principe , nous passerons immédiatement à l'examen de ses conséquences, et nous rechercherons en particulier le caractère que .cette exaltation de la sensibilité morale peut imprimer aux conceptions de l'esprit durant le sommeil.

Divers exemples de ces sortes de travaux sont devenus célèbres et presque historiques, à force d'être cités. J'en ai mentionné quelques-uns dans ce volume, y compris la fameuse sonate de Tar-

tini , connue sous le nom de Sonate du diable. L'illustre savant J. B. Biot me rapporta qu'il avait plusieurs fois travaillé utilement en rêvant; Cardan disait qu'il avait enfanté en songe un de ses ouvrages; Condillac atteste le même fait; Voltaire crut un jour avoir rêvé le premier chant de la Henriade autrement qu'il ne l'avait composé; mais il est à remarquer, que si Ton rencontre des savants, des mathématiciens , des musiciens ou des artistes ayant su tirer parti des inspirations de leurs rêves, on voit au contraire les littérateurs et les poètes qui se sont figuré avoir composé en dormant des choses admirables avouer avec regret qu'ils n'ont pu s'en souvenir à leur réveil. La Sonate de Tartini nous est restée ; nul fragment de cette variante de la Henriade rêvée par Voltaire ne fut reconstruit.

Que l'on retienne le souvenir d'un calcul, d'une conception artistique, d'un motif musical, compositions relativement homogènes, plus aisément qu'on ne garde celui d'une pièce de vers, mosaïque d'idées et de mots qui demande à être saisie dans tous ses détails et non pas seulement dans son ensemble, il n'y a là qu'un premier fait s'expliquant d'ailleurs très -naturellement; mais si les écrivains et les poètes parvenaient, par un effort de mémoire, à reconstruire littéralement ces inspirations de leur sommeil dont ils étaient si enthou-

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