TROISIÈME PARTIE
A l'égard des rêves provoqués par le hatchich, par l'opium, la belladone et tous les narcotiques capables d'exalter au superlatif la sensibilité morale et physique dont l'organisation humaine est susceptible, les mêmes considérations qui m'ont empêché déjà de pénétrer dans le domaine des faits relatifs au somnambulisme et à la démence m'interdiront de m'en occuper. Artificiel ou spontané, il suffit qu'un phénomène soit de Tordre anomal pour que je m'abstienne de l'examiner dans une étude exclusivement consacrée à l'analyse des songes naturels.
Je me contenterai de donner, en appendice, à la fin de ce volume, la relation d'un rêve que je fis moi-même, après avoir pris du hatchich. L'habitude que j'ai acquise de m'observer en dormant m'a permis d'en suivre le cours à peu près comme celui d'un rêve ordinaire. Les spécialistes qui voudront bien l'analyser y trouveront peut-être quelques renseignements utiles, et seront d'autant mieux disposés, je crois, à partager avec moi cette opinion de Montaigne que « les sommeils divers, quels qu'ils soient, ne sont en résumé que des modifications du même phénomène, des espèces différentes d'un même genre. »
Observations sur la marche et le tissu des rêves, en général, slr plusieurs moyens de
RÊVER A CE QUE l'on DÉSIRE, ET SUR CELUI
d'écarter les images fâcheuses dont on est parfois obsédé.
— Difficulté de saisir le lien de l'association des idées dans un très-grand nombre de rêves. — Premières distinctions à établir. — Transitions qui s'opèrent en rêve, au moyen des associations d'idées procédant de l'ordre suivant lequel les souvenirs se sont classés chronologiquement dans la mémoire. — Comment on peut provoquer certains rêves et rêver, par suite, à ce que l'on veut. — Idées premières et idées secondaires. — Explication d'un rêve représenté au frontispice. — D'un phénomène que j'appellerai rétrospcction, et de sa fréquente manifestation dans les rêves supersensuels. — Autres exemples de rêves provoqués ou conduits par divers moyens faciles à mettre en pratique. — Comment l'esprit peut être ramené à une idée par l'intermédiaire d'une sensation qu'il n'apprécie même pas. — Transitions qui s'opèrent, en rêve, au moyen des abstractions que fait l'esprit. — Abstractions de qualités de l'ordre sensible. — Transformations graduées que l'imagination a le pouvoir d'opérer. — Qu'il n'est point nécessaire que la trame d'un rêve soit logiquement suivie pour qu'elle soit réellement ininterrompue, et dans quelles circonstances l'esprit n'éprouve aucun étonneraient des songes les plus bizarres et les plus monstrueux. — Abstractions de l'ordre purement abstrait. — Comment l'esprit passe quelquefois