TROISIÈME PARTIE
livré à sa propre initiative, et ces élucubrations plus ou moins laborieuses , tissus dont les fils tiennent à des causes souvent placées en dehors de nous. Mais indépendamment de ce qu'un sommeil et, par suite, un rêve exempt de toute espèce de trouble ne saurait être, nous l'avons vu, qu'une conception purement théorique, ce serait s'exposer aux plus terribles méprises que d'essayer de prendre pour point de départ ce qu'on aura toujours le plus de peine à déterminer.**
Cette ligne d'idées nous mettra cependant sur la voie d'une classification plus pratique. Si nous parcourons quelques séries d'observations se rapportant à des rêves où l'association des idées paraît s'être opérée naturellement, si nous examinons bien le lien qui a pu rattacher entre elles des idées d'un ordre tout différent, nous reconnaîtrons, je crois, que les liens de ces associations peuvent être classés en deux catégories distinctes : les unes procédant de l'ordre suivant lequel certains souvenirs se sont simultanément et successivement emmagasinés dans notre mémoire, (qu'il existe ou non de l'affinité entre eux); les autres appartenant à l'innombrable famille des abstractions, dans l'acception la plus étendue du mot.
Sans vouloir expliquer par quelles lois mystérieuses les affinités s'établissent ainsi dans les ca-
siers de la mémoire, j'exposerai donc simplement, qu'en fait, il me paraît en être ainsi, et j'adopterai cette première classification pour les développements qui vont suivre.
Transitions qui s'opèrent, en rêve, au moyen des associations d'idées procédant de l'ordre suivant lequel les souvenirs se sont classés chronologiquement dans la mémoire. — « J'ai rêvé que j'étais à. . table avec ma famille, mais que nous avions, à la fois, pour convives l'évêque de notre diocèse et deux divinités mythologiques qui étaient, je crois, Diane et Apollon. »
Ce rêve est relaté dans le plus ancien de mes cahiers, où j'en trouve en même temps une explication instinctive. Quelques jours auparavant, j'étais occupé à faire une version tirée des Métamorphoses d'Ovide, quand on m'avertit qu'il fallait échanger ma veste d'écolier tachée d'encre contre une tenue moins négligée, parce que l'évêque du diocèse venait d'arriver et allait déjeuner avec nous.
Dans la vie éveillée, je n'aperçois guère une certaine pipe turque, accrochée à la cheminée chez un de mes parents, sans y associer le souvenir d'un ami tué en Italie ; et cela uniquement parce que je tenais entre mes mains celte pipe, un jour où j'appris tout à coup par le journal que cet ami était au nombre des morts de Solférino.