‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 22 sur 254 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Parfois enfin, l'évocation successive des réminiscences s'enchaîne uniquement par des similitudes de formes sensibles, ce qui est d'ailleurs une sorte d'abstraction capable d'enfanter les composés les plus étranges. Sans l'appliquer aux songes, Gran ville avait eu le sentiment de ces mutations capricieuses, quand son crayon nous montrait une série graduée de silhouettes commençant par celle d'une danseuse et finissant par celle d'une bobine aux mouvements furieux.

Ce dernier phénomène a lieu surtout durant les instants cle grande passivité morale, alors que l'âme, recueillie comme au fond dune tribune, semble considérer avec distraction la série des images plus ou moins nettes qui défilent devant elle.

On voit que selon la manière dont elle se produit et se combine, la seule évocation des souvenirs emmagasinés dans les arcanes de la mémoire suffit pour amener les rêves en apparence les plus étonnants. Encore n'ai-je parlé jusqu'ici que du rêve où les idées s'enchaînent et se déroulent d'elles-mêmes, sans qu'aucune cause physique, interne ni externe, n'en vienne compliquer, interrompre ou modifier le cours ; éventualité qui se présentera rarement, tant seront fréquents au contraire les petits accidents de toute sorte, qui surgissant les uns en dehors de nous-mêmes (bruits, chaleur, contact, etc.), les autres dans notre propre

organisme(oppression,mouvementsnerveux,etc.), réveilleront aussitôt des idées en rapport avec les impressions auxquelles elles furent originairement liées, et ne manqueront point de jeter ainsi à la traverse du rêve préexistant tout le contingent des images solidaires de ces idées nouvelles, sauf à laisser l'esprit se débrouiller comme il le pourra de cet amalgame hétérogène. Que de complications, que de superpositions, que d'anomalies on doit s'attendre à rencontrer dès lors sans en être

surpris !

Ce fait, qu'il établit souvent chez l'homme endormi une corrélation immédiate entre les impressions que subit le corps et les idées qui forment le rêve, est si universellement reconnu que je ne crois pas devoir m'arrêter à le démontrer. Ce qui demeure à étudier, c'est l'action variée de ces diverses impressions sur la trame de nos rêves, etjj'estime, qu'en fait de songe naturel, il n'en est point de si bizarre ni de si complexe qui ne procèdedel'un ou del'autre de ces deux phénomènes, ou bien de ces deux phénomènes réunis :

1° Déroulement naturel et spontané d'une chaîne continue de réminiscences ;

2° Intervention subite d'une idée étrangère à celles qui formaient la chaîne, par suite de quelque cause physique accidentelle.

Une analyse plus approfondie des opérations

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