TROISIÈME PARTIE
banle, il sera sous-entendu que je livre cette relation comme une photographie aux investigations de tout chercheur.
Sur les visions du premier sommeil, que Ton a nommées hallucinations hfpnagogirjues. — C'est un fait constaté, je crois, que les premières illusions du rêve sont presque toujours des hallucinations de la vue. À peine certaines personnes ontelles fermé les yeux pour s'endormir, qu'elles aperçoivent comme un fourmillement d'images capricieuses qui sont l'avant-garde des visions mieux formées, et qui annoncent ainsi l'approche du sommeil. Tantôt ces hallucinations représentent des objets déterminés, quelque fantasques et défigurés qu'ils puissent être; tantôt ce ne sont que de petites roues lumineuses, de petits soleils qui tournent rapidement sur eux-mêmes, de petites bulles de couleurs variées qui montent et descendent, ou bien de, légers fils d'or, d'argent, de pourpre, de vert-émeraude, qui semblent se croiser ous'enroulersymétriquementdemille manières avec un frémissement continuel, formant une infinité de petits cercles, de petits losanges et d'autres petites figures régulières, assez semblables à ces fines arabesques qui ornent les fonds des tableaux byzantins.
Celles de ces visions qui nous montrent des objets bien déterminés rentrent à mes yeux dans la
catégorie des rêves ordinaires. Quant à celles qui ressemblent plutôt à des feux d'artifice qu'à des réminiscences d'objets réels, si l'on voulait étudier les lois de leur formation, il serait nécessaire de réunir d'abord un très-grand nombre de figures fidèlement coloriées, à l'appui d'observations soigneusement faites sur la manière dont elles débutent et se modifient. J'emprunte à mes cahiers, et je place au frontispice de ce livre quelques croquis de cette espèce. La gradation des couleurs qu'on y remarque correspondrait-elle à une série de vibrations distinctes, comme celles qui produisent la gamme musicale? La forme des aiguilles régulières (figurées sous le n° 2) ne rappelle-t-elle pas celle de certaines cristallisations naturelles? Questions étranges peut-être, que je me borne d'ailleurs à poser.
Relatons quelques hallucinations de la même famille, mais déjà mieux caractérisées.
« Une fumée blanche semble passer comme un nuage épais chassé par le vent. Des flammes s'en échappent par instants, si éclatantes qu'elles impressionnent douloureusement ma rétine. Bientôt elles ont absorbé le nuage; leur éclat s'est adouci; elles tourbillonnent, forment de larges cocardes, noires à l'intérieur, rouges et orangées vers leur bord extérieur. Au bout d'un moment, elles s'entr'ouvreut graduellement par le centre et ne for-