TROISIÈME PARTIE
ment plus qu'un mince anneau doré, une sorte de cadre au milieu duquel je crois voir le portrait d'un de mes amis. »
— « Un monticule de couleur verte se dessine au milieu du champ que mes regards intérieurs embrassent. Je distingue peu à peu que c'est un amas de feuilles. Il bouillonne comme un volcan en éruption ; il grossit et s'élargit rapidement, au moyen des zones mouvantes qu'il rejette. Des fleurs rouges sortent à leur tour du cratère, en formant un énorme bouquet. Le mouvement s'arrête. L'ensemble est un moment très-net; et puis le tout s'évanouit. »
Ce sont là des visions bien embryonnaires. On y retrouve pourtant ce caractère de transition par abstraction des formes sensibles qui leur est commun avec beaucoup de rêves parfaits ; d'où nous pouvons juger que nous avons affaire à des phases graduées d'un même phénomène, et non point à un ordre de faits particulier.
Procédons graduellement aussi dans nos exemples, et cette vérité ressortira d'autant plus clairement.
« Je crois apercevoir une haie vivement éclairée, à travers laquelle se montre une jeune fille vêtue de blanc. Feu à peu les branches des arbustes se redressent avec une régularité symétrique. Le feuillage a disparu ; la jeune fille est oubliée. Ce que je
vois maintenant, c'est une longue corbeille remplie de linge blanc. »
— « Un visage criblé de petite vérole m'apparaît d'abord; son aspect me rappelle sans doute celui d'un bois tacheté avec lequel on fabrique des pommes de canne. Les traits s'amoindrissent et s'immobilisent, le teint devient plus sombre; la chevelure est remplacée par une plaque d'or; le cou s'allonge indéfiniment. La métamorphose est accomplie. C'est une canne que j'ai devant moi. »
Les abstractions en vertu desquelles se sont opérés ces changements à vue ne sont elles pas faciles à saisir ?
Une troisième observation que je rapporterai encore appartient évidemment au genre de phénomène que j'ai appelé la superposition d'images. Les deux exemples qui précèdent ont fourni quelques nouvelles preuves du pouvoir qu'a l'imagination de modifier les clichés souvenirs de la mémoire1; celui-ci donnera surtout à réflécbir quant au mécanisme physiologique de nos visions.
« J'étais dans la période transitoire de l'assou-
1. A supposer, en effet, et contre toute vraisemblance , qu'il ait existé dans les immenses casiers de ma mémoire deux clichés-souvenirs correspondant exactement aux deuK images extrêmes de celte double hallucination, les visions de la période transitoire demeureraient encore inexplicables, autrement que par la puissance créatrice de l'imagination.