‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 226 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

naire est là qui t'apporte une lettre. Mon ami se retourne, mais d'un autre côté. — Je ne vois personne, me répond-il. — Je le crois bien, il est derrière toi et tu regardes de côté. — Maurice se retourne cette fois du côté opposé, sans voir davantage l'homme que je lui signale. Pendant ce temps là J'avais admiré la bonne mine du commissionnaire, et je m'étais dit intérieurement : cet homme ferait un beau carabinier. Déjà, et selon le mouvement de ma pensée, ce n'était plus un commissionnaire, mais bien un carabinier qui nous suivait. Cependant Maurice, qui s'était tourné à droite et à gauche sans se décider à regarder derrière lui, me répétait toujours : Je ne vois personne. Et moi qui commençais à m'irriter de cette gaucherie, je le prenais par le bras avec une certaine vivacité pour le placer en face de celui qui cherchait à l'aborder. Enfin, dans ce même temps si court, l'image d'un carabinier m'avait fait penser à l'un de nos amis communs, officier de carabiniers ; et quand Maurice prit enfin la lettre à son adresse, ce n'était déjà plus la main d'un commissionnaire, ni celle d'un soldat, mais bien celle de cet officier, notre ami commun, qui la lui tendait. »

Idée principale persistante; transitions par abstraction ; tout cela est très-clair.

L'exemple suivant paraîtra de la même famille

« Je crois avoir une discussion avec un douanier piémontais. La figure de ce douanier (tirée de je ne sais quel casier perdu de ma mémoire) me rappelle celle d'un commis libraire auquel j'ai quelquefois parlé. Voilà le commis devenu douanier, sans que la discussion s'arrête Cependant, la personnalité du commis finit par l'emporter snr celle du garde-frontières. Je passe donc de la douane dans une librairie, où mon rêve se développe tranquillement. »

— « Je rêve que je suis dans un hôtel d'une ville étrangère, et que j'y demande quelle est l'heure de la table d'hôte, afin de commander un cheval de selle et d'aller me promener aussitôt après le dîner. L'heure du dîner, que l'on m'annonce, se trouve être celle à laquelle ma famille dîne habituellement à la campagne. Le dîner de la table d'hôte me fait donc penser à celui de notre habitation d'été. La cuisine de cette habitation me revient alors en mémoire; elle m'apparaît; je crois y être. Il en résulte qu'en sortant de cette même cuisine, je crois aussi traverser le vestibule qui la précède, et puis je revois la terrasse sur laquelle ce vestibule donne, et je parcours enfin une allée de parc au lieu de me trouver dans les rues d'une ville étrangère. L'idée originaire, toutefois, ne s'est point évanouie; le cheval que je désirais m'attend à la grille du parc, et mon rêve se continue sur

Page 1