‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 227 sur 254 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

une route du voisinage, avec les incidents que comporte cette nouvelle direction'. »

— « Je rêve que je viens de prendre un bain de mer et que je me promène sur la plage, une serviette à la main. Je jette cette serviette sur mes épaules en guise de peignoir. Un moment après je n'ai plus de serviette, mais je me crois drapé dans un large peignoir. »

Ce genre de substitutions par à peu près est très-fréquent. La volonté, nous l'avons vu, n'y est pas étrangère, et c'est toujours la pensée qui précède et fait surgir la vision. En voici un nouvel exemple concluant :

« Je me crois dans un bois, défendant avec une branche d'arbre un jeune enfant menacé par une sorte de bohémien. Cet homme est armé d'un long couteau. Je regrette de n'avoir pas sous la main, moi aussi, certain yatagan que je possède. J'ai pensé fortement à ce yatagan; je le vois, je le tiens. Toutefois l'idée du yatagan a entraîné celle de mon cabinet de travail, où j'ai coulume de le voir. Ici , le changement de décors a complètement rompu la trame principale du rêve. Il n'est plus question du bohémien ni de l'enfant. Le cadre de mon cabinet de travail a fait naître un tout autre tableau. »

— « Je donne le bras , en rêve, à la très-jolie Mlle V..., que la nuance vénitienne de sa magni-

fique chevelure a fait appeler quelquefois la belle aux cheveux d'or, parmi les personnes qui la connaissent. Ce surnom me revient en mémoire ; je crois aussitôt voir cette jeune fille avec des cheveux d'or véritable. D'autres comparaisons analogues se présentent alors d'elles-mêmes à mon esprit. Je me suis dit que les traits de Mlle V... rappelaient la statuaire antique, que son cou était plus blanc que de l'ivoire, que ses lèvres avaient la nuance du corail rose, et que ses yeux ressemblaient à des saphirs. De ce mouvement d'idées, et du principe de l'immédiate apparition de tout ce que l'esprit imagine, il est résulté précisément le contraire de ce que rapporte la fable de Pygmalion. C'est-à-dire que j'ai cessé de me croire auprès d'une personne vivante, et que je me suis figuré contempler une belle statue formée de matières précieuses, comme était la Minerve du Parthenon. »

— « Je me crois devant un miroir , essayant successivement plusieurs chemises dont les cols sont tous dépourvus de boutons. Une comparaison se fait dans mon esprit entre ces cols qu'on ne peut boutonner et des enveloppes de lettres mai gommées qu'on ne peut fermer. La cire à cacheter est le remède à ce dernier ennui. Voici donc que j'allume une bougie; et puis, la première idée se mariant à la seconde, j'imagine comme

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