‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 230 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

gné.) La jeune fille avait à la main un maillet. Je m'irritais de ce qu'elle se laissât battre sans se défendre; je ne pouvais aller à son secours, je ne sais pourquoi, et je lui criais vainement de frapper à son tour. Tout à coup, c'est moi qui me trouve être l'apprentie ; j'ai assené avec rage un coup de maillet sur le front de l'homme odieux qui me torturait. Je le contemple sanglant et renversé. Je crains ensuite qu'on ne m'arrête; je relève mes cheveux, je les noue derrière ma tête, je fuis et je prends garde d'accrocher ma robe aux fourches de bois sur lesquelles s'étirait le chanvre tordu. » J'avais quatorze ans quand je fis ce rêve.

Dans la seconde observation, de date beaucoup plus récente, c'est encore une situation très-pénible que je m'assimile. «J'étais chez des sauvages, Indiens ou Indous, je n'en sais rien. Sur un bûcher était attachée une jeune femme à demi nue, dont la beauté stimulait encore le profond sentiment de pitié qui me pénétrait. Des langues de feu effleuraient déjà ses jambes finement profilées. Ce spectacle me navrait. Je me figurais toutes les angoisses et toutes les pensées tumultueuses que cette malheureuse devait avoir. Même phénomène que précédemment; même transposition, inconsciente dans son accomplissement , bien caractérisée néanmoins dans son résultat. Je me crois de bonne foi cette femme exposée au supplice du feu.

J'ai personnellement toutes les émotions que je lui prêtais. Puis, par un de ces revirements d'idées si fréquents en songe, et qui prouvent, soit dit en passaut, combien l'attention peut y être vive, puisqu'elle va jusqu'à paralyser toute réflexion, j'en étais à oublier ma terrible situation dans la contemplation admiratrice de mes propres formes, quand le sentiment de la vérité se faisant jour, la conscience d'une si folle illusion me réveilla. »

Le rêve suivant nous fournit l'exemple d'une idée principale dominant plusieurs idées secondaires, à travers lesquelles elle se poursuit.

« On m'annonce la visite d'une cantatrice qui demande à me parler. En ce moment j'ai quelqu'un dans mon cabinet; je la fais prier d'attendre un instant dans une autre pièce, et je me rappelle aussitôt que j'ai entendu chanter cette artiste dans un opéra où la scène représentait un magnifique palais. Il en résulte qu'en ouvrant la porte de mon cabinet pour aller au-devant de ma visiteuse, je la rencontre sous le portique d'un palais assyrien. Je m'entretiens avec elle. J'apprends que ce qu'elle attend de moi, c'est un article. Je songe immédiatement à l'imprimerie du journal où j'écris. Voilà que nous causons maintenant dans cette imprimerie, et que je l'engage à parcourir elle-même l'épreuve du feuilleton qui peut l'intéresser. «

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