‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 234 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

courons le champ des éventualités, nous mettons en action les hypothèses que nous avons formées, et pourvu que notre esprit ait prévu juste nous avons précisément rêvé l'avenir.

J'ai, dans mes notes, sept exemples assez remarquables de ces sortes de prévisions ; mais il est évident qu'on n'y saurait attacher plus d'importance qu'à la sûreté de ses propres jugements. Il arrive d'ailleurs qu'on rêve alternativement le pour ou le contre, selon que le cours des idées a suivi de préférence telle ou telle direction.

A l'égard des rêves provoqués par des causes physiques, leurs pronostics pourront avoir plus de valeur, puisqu'il peut y avoir cause efficiente réelle. Sans revenir aux rêves morbides et aux sensations internes, je citerai deux petits faits encore, attestant l'extrême finesse de certaines perceptions sensoriales chez l'homme endormi.

On était à l'automne d'une année où la douceur de la température s'était prolongée très-tard. Rien n'avait fait prévoir aucun changement dans l'atmosphère. « Je rêve que je viens de me lever, et que j'aperçois les gazons devant mes fenêtres, tout recouverts de gelée blanche. Je me réveille, et je puis constater que mon rêve était une réalité. »

— « Une autre fois que j'avais dormi fort avant dans la matinée, je rêve que je viens prendre place au déjeuner de famille, et que deux renards

à la broche figurent parmi les plats qu'on nous a servis. Rien de semblable , bien entendu , ne se réalise à l'heure du déjeuner véritable; mais, j'apprends qu'on avait pris, le matin même, et apporté à la cuisine toute une nichée de petits renards vivants. » Ma chambre est assez loin de la cuisine, mais est-il supposable que le rapprochement d'un rêve aussi bizarre et d'un incident aussi exceptionnel puisse être le résultat d'une simple coïncidence? N'est-il pas, au contraire, à peu près certain que l'odeur sauvage des jeunes renards, combinée avec celle des fourneaux de la cuisine, a dû monter jusqu'à moi , si ténue qu'elle pût être, et qu'il faut voir dans ce singulier rêve le produit complexe d'une exquise perception de l'odorat?

Jjjgique des rêves. — « Dans un chemin rural, qui borde une large rivière , je vois arriver et défiler devant moi un régiment, musique en tête. Toutefois, et bien que cette musique passe tout à fait à côté de moi , bien que je distingue chaque musicien dans l'attitude d'un homme qui joue de son instrument, je n'entends pas le moindre son. Ma mémoire , je suppose , ne retrouvait en cette circonstance qu'une réminiscence sensoriale de la vue ; aucune marche militaire ne me revenait à l'esprit. Mais, pour voir passer des musiciens sans les entendre, il faut qu'ils soient très-loin de nous.

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