‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 237 sur 254 · TROISIÈME PARTIE. 4a · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. 4a

— «Je me crois à la campagne. Je reviens d'une promenade à cheval. J'arrive devant la grille de notre habitation, et je vois des ouvriers occupés à déraciner les vieux tilleuls qui en font l'ornement. Ma surprise et mon irritation sont extrêmes. Je veux descendre de cheval pour aller leur parler de plus près; mais en voulant faire le mouvement de passer la jambe par-dessus la selle, je fais un effort de muscles réel, lequel a pour résultat d'altérer la profondeur de mon sommeil et de me faire sentir, un moment, que je suis dans mon lit et non ailleurs. Je dors toujours cependant. Je veux marcher vers les ouvriers ; mais les images du songe ne sont plus si précises. Ayant conscience de mon état et jugeant l'occasion favorable à la poursuite de mes expériences, j'attache fixement mon regard sur le sol; je concentre toute mon attention sur quelques brins de gazon, dont la vision redevient un instant très-nette. Toutefois, l'idée que je suis vraiment dans ma chambre et dans mon lit ne peut plus être écartée. Je pense qu'au lieu de gazon, c'est un tapis que je devrais

penser fortement à ce qu'on voudrait revoir. Il me fut possible ainsi de rappeler deux fois la vision fugitive ; mais soit qu'elle fût imparfaitement gravée dans ma mémoire , soif toute autre cause, à peine l'eus-je entrevue que d'autres tableaux lui succédèrent avec une rapidité presque instantanée, et ne me permirent point de m'y arrêter.

\oir. Penser à un objet, répéterons-nous toujours, c'est le voir, Je vois donc ce tapis ; je suis transporté dans ma chambre , et tout en oubliant le raisonnement qui m'y a conduit , car le sommeil a repris toute son intensité 7 c'est de là que mon rêve reprend sa vivacité et se continue. »

Trois points me paraissent dignes d'attention dans ce dernier rêve : 1° L'effort réel qui a suivi la manifestation de ma volonté et le sentiment que j'en ai eu ; 2° La préoccupation de ma situation véritable qui a dominé mon désir de continuer le premier rêve , de même qu'il nous arrive parfois, dans la vie éveillée, de ne pouvoir secouer une forte préoccupation; 3° une circonstance particulière que je n'ai pas mentionnée dans la relation qui précède, mais dont j'avais pris note néanmoins : c'est qu'ayant bien examiné les tilleuls de mon rêve , alors qu'ils réapparaissaient avec une netteté minutieuse , je gardai suffisamment le souvenir de la disposition de leurs troncs et de leurs branchages pour pouvoir constater ensuite, dans la journée qui suivit ce rêve, qu'entre ces visions et l'aspect des tilleuls véritables il n'y avait pas identité. L'œuvre de l'imagination était donc ici manifeste , soit que cette faculté ait eu le pouvoir d'inventer complètement les arbres qu'elle avait offerts âmes regards internes, soit que, tirant parti de quelque cliché fourni par la mémoire, elle

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