‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 244 sur 254 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

sommeil , et l'illusion d'avoir les yeux fermés ne peut durer qu'un instant.

*** J ai eu cette nuit un bien singulier rêve, qui me paraît utile à noter comme exemple de la manière dont on peut oublier un rêve à l'état de veille, et aussi ses pensées de la veille pendant le sommeil. « J'ai d'abord rêvé que je montais dans une voiture de place, au sortir d'un théâtre , et que la voiture se mettait en marche. Presque aussitôt je me suis réveillé , sans avoir d'ailleurs présente à l'esprit cette vision si insignifiante. J'ai regardé l'heure à ma montre; j'ai ramassé un briquet que j'avais fait tomber; et après dix ou quinze minutes d'un réveil complet je me suis rendormi. Or, c'est ici que la singularité commence. Je croîs me réveiller dans cette voiture, où je me souviens parfaitement d être monté pour rentrer chez moi. J'ai comme le sentiment de tre assoupi à peu près un quart d'heure (sans me rappeler d'ailleurs quelles idées ont pu me traverser l'esprit pendant ce temps-là). Je fais donc la réflexion qu'une bonne partie du trajet doit être déjà parcourue, et je regarde par la portière afin de reconnaître dans quelle rue nous sommes , ayant pris ainsi pour un moment de sommeil les quelques instants durant lesquels j'avais précisé- . ment cessé de dormir. »

*** J'ai cité plusieurs exemples de remémora-

tion parfaite ou d'improvisation rapide, en rêve, sous forme de lecture imaginaire. Il convient de signaler aussi la contre-partie de ce phénomène, qui consiste à faire quelquefois de vains efforts pour déchiffrer une lettre, un imprimé, un manuscrit , dont la teneur n'est pas intelligible à première vue. Ce dernier cas est même celui qui se présente le plus fréquemment. Je lai expérimenté plus de vingt fois; j'ai cherché à me rendre compte de ce qui se passait dans mon esprit, et voici ce que je crois avoir observé :

Une douleur plus ou moins vive au fond de l'orbite des yeux accompagne presque toujours l'effort d'attention que la volonté commande. Les phrases que Ion parvient alors à saisir sont d'une incohérence excessive. Les mots dont elles se composent ne paraissent liés par aucun lien raisonnable. L'association des idées et des souvenirs les appelle dans un ordre qui ne peut amener aucun sens suivi , ainsi qu'il arriverait si , étant éveillés, nous écrivions des mots d'une langue étrangère en suivant Tordre dans lequel nous les aurions appris, ou simplement à mesure qu'ils se présenteraient à notre mémoire évoqués successivement par des analogies de racines et de consonnances.

La différence entre ces deux sortes de rêves serait donc que dans ceux où l'on fait une lecture

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