TROISIÈME PARTIE
idées un phénomène que Ion pourrait presque comparera celui de l'écoulement de l'eau sur une surface unie : dès qu'un mince filet a tracé son passage dans une direction quelconque, tous ceux qui viennent à le rencontrer se précipitent après lui, par la même route et vers le même point. Ainsi, la sollicitation la plus faible suffit-elle pour souder instantanément le nouveau rêve à celui qui, maintes fois déjà, s'est déroulé. Les mêmes associations d'idées-images ne manquent point de se reproduire identiquement.
*** Au milieu de rêves où, possédant la conscience de mon sommeil, j'essayais d'étudier avec soin comment les idées s'associent et comment les images se succèdent et se combinent au fur et à mesure de ces associations, il m'est arrivé souvent de placer mon esprit à l'entrée de quelque série de réminiscences, d'inviter la mémoire à fonctionner d'elle-même, et d'attendre curieusement ce qu'il en pourrait résulter. Or, ce qu'il en résultait invariablement, c'était la persuasion que ma mémoire fût rebelle à cette expérience, bien qu'elle s'y prêtât au contraire de fort bonne grâce ; mais l'illusion de durée qu'elle donnait aux premières réminiscences me faisait croire qu'au lieu de suivre rapidement un enchaînement d'idées, elle renonçait à la rêverie pure pour se fixer sur un tableau.
D'autre part , j'oubliais souvent mon idée première , aussitôt que l'association des idées-images avait amené quelque tableau de nature à captiver mon attention ; et je me croyais alors irrésistiblement engagé, comme acteur, dans les événements imaginaires dont j'avais déterminé le point de départ.
** *« Mon sommeil était très-léger. L'horloge de l'église sonna cinq coups, et je les entendis dans mon rêve. Mais je m'imaginai que c'était le tocsin qui sonnait ; car chaque coup semblait répété plus de dix fois , à de très-sensibles intervalles. »
Il y a là deux faits à observer : 1° Une action des ondes sonores sur mon tympan bien autrement sensible qu'à l'état de veille ; 2° un sentiment du temps beaucoup plus long qu'en réalité, puisque la sonnerie des cinq coups d'une horloge me parut durer trois minutes au moins.
**+ L'occlusion imaginaire des yeux, dont il a été parlé déjà dans ce volume ', fournit un des meilleurs moyens de s'assurer si l'on est éveillé ou endormi , quand on fait de certains rêves trèslucides. Si l'on était éveillé, on produirait évidemment une obscurité permanente. En rêve, au contraire , on ne tarde guère à voir apparaître de nouvelles images ; c'est le caractère propre du
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