DEUXIÈME PARTIE
donne une idée des affections du corps. Chaque trouble particulier de notre organisme se révèle par une image en rapport avec la sensasion intérieurement perçue. Et le grand observateur qui, aux médecins comme aux philosophes, indique si intelligemment la source de précieuses découvertes, commençait lui-même par donner le résumé de ses observations médicales sur quelquesuns des rêves les plus fréquents chez tous les hommes, sans doute depuis que les premiers hommes ont rêvé.
Certes, si l'on eût marché deux mille ans dans cette voie, nous serions aujourd'hui bien riches en faits dûment expérimentés. Le merveilleux malheureusement séduit plus que le vraisemblable, et, loin d'accumuler des éléments d'étude sérieuse durant les siècles qui suivirent, on continua, en apparence du moins, de s'adonner exclusivement aux plus vaines superstitions1. La solidarité fut telle entre les théories mythologiques des anciens et les principes purement conventionnels sur lesquels reposa toute leur doctrine onéirocritique, que les pères de l'Église crurent
i . Galien pourtant s'était pénétré des idées d'Hippocrate sur l'importance des songes en pathologie. Il avait signalé aussi la délicatesse des perceptions internes durant le sommeil. « Nimirùm anima, quando non vacat sensibus externis, profundiùs sentit ea quœ ad corporis dispositionem pertinent, » avait-il écrit.
devoir s'élever plusieurs fois contre l'interprétation des songes, la déclarant entachée de paganisme, en raison même du caractère religieux qu'on lui imprimait toujours. L'autorité de certains rêves prophétiques consacrés par l'Écriture sainte ne pouvait les arrêter comme un précédent contradictoire , puisqu'au temps ou les songes de Jacob, d'Abimélech, de Salomon, de Daniel, etc., étaient consignés dans les livres sacrés, la confiance aux visions profanes était formellement interdite par ces mêmes livres. L'acceptation d'un fait surnaturel ne peut évidemment servir de base à l'appréciation des faits de l'ordre normal. « Un miracle, «• a dit J.-J. Rousseau, » est, dans un fait particulier, un acte immédiat de la puissance divine, un changement sensible dans l'ordre de la nature, une exception réelle et visible a ses lois1. » En. résumé, de la prétendue science onéirocritique des anciens, telle du moins qu'elle nous a été transmise, il n'y a donc rien à tirer au point de vue pratique où nous nous plaçons. Il restera seulement, comme une hypothèse, la question de savoir si ces prêtres d'Isis, de Sérapis, d'Esculape et autres divinités n'étaient pas plus versés qu'ils ne voulaient le paraître dans l'art de susciter par des moyens physiques, ces rêves qu'on ne man-
\ . Lettres de la Montagne.