‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 35 sur 254 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

che un seul grain de vérité. La recette suivante fera juger de toutes les autres ; elle doit procurer l'un des songes voluptueux dont il a été ci-dessus parlé : « Prenez deux drachmes de térébenthine dissoute dans un jaune d'œuf de canard sauvage, une drachme et demie de diascordium de fracarbor, un scrupule de roses rouges pulvérisées, huit onces de lait de chèvre ou de jument, une poignée de lierre terrestre, de l'alchimilla ou pied de lion, du plantain ou de la camomille romaine, une demi-poignée de chaque, quatre pincées de sommités d'hypericum d'Amérique ; deux scrupules de raclure de corne de cerf, trois drachmes de priape de loup, et six de nature de la baleine. Faites cuire le tout dans une quantité suffisante d'eau-de-vie camphrée. Ajoutez à sept onces delà colature de sirop de corail et de grande consoude, une once de chacun, et six drachmes de beaume et d'esprit de sel d'ammoniac. Laissez cette décoction dans un vase de grès en lieu frais pendant trois mois, au bout duquel temps vous la jetterez dans trois pintes de vin de malvoisie , que vous ferez distiller jusqu'à ce que vous n'ayez plus en tout qu'une pinte de liqueur. Vous enfermerez cette liqueur dans une bouteille scellée hermétiquement, et vous la suspendrez à l'air pendant tout l'été, trois heures devant et trois heures après midi, quand il fera beau, afin qu'elle puisse s'im-

prégner pour ainsi dire delà chaleur et des rayons du soleil. »

Voici maintenant la manière de s'en servir :

« Il n'en faut que trois gouttes dans une pinte d'eau commune, que l'on fait tiédir et dont on se lave les pieds, les mains, la tète et l'estomac, avant de s'endormir. »

Plus de deux cents pages sont imprimées dans ce style, sans autre frais d'imagination qu'un peu de variété dans le chaos des drogues énumérées. A ne considérer que sa valeur intrinsèque, un pareil recueil ne méritait donc guère d'être mentionné; mais on a pu le voir figurer dans certains catalogues, et s'en faire, d'après son titre, une idée plus intéressante qu'il ne le mérite; c'est pourquoi j'ai cru devoir en dire quelques mots.

Arrive le dix-huitième siècle, et avec lui ce mouvement des esprits qu'on a appelé philosophique et qui a engendré la physiologie moderne.

A la fois médecin et philosophe, l'un des adeptes de ce mouvement. KurtSprengel, docteur de l'université de Hall, analyse succinctement, dans son Histoire pragmatique de la médecine1, les principales superstitions des anciens en matière d'onéirocritie; il termine son résumé par ces considérations qui marquent bien la nouvelle école :

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