‹ Les rêves et les moyens de les diriger; observations pratiquesChapitre 36 sur 254 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

« Dans les songes, l'imagination et la mémoire agissent indépendantes de tous les sens externes, et sans être troublées par l'impression des objets environnants. » Je cite, en faisant toutes réserves, quant àl'assertion en elle-même. « L'âme, dégagée des liens qui l'enchaînent au corps, semble être abandonnée à son activité propre et primitive. Elle combine des idées, elle établit des raisonnements auxquels les sensations et l'intelligence animale ne pourraient donner lieu dans l'état de veille. Des impressions, oubliées depuis longtemps, se retracent avec de nouvelles couleurs plus vives, L'âme se transporte dans un monde créé par elle, où rarement les images claires des lieux ou du temps donnent aux idées cette vérité qu'elles n'acquièrent que par le concours des sens. Comment supposer d'après cela, que l'homme de la nature, étranger aux lois qui régissent le corps et l'àme, n'attribue pas les sensations qu'il éprouve en songe à l'intervention d'un génie ou d'un être de son espèce, auxquels il a d'ailleurs coutume de rapporter tous les effets dont la cause n'est pas évidente pour lui? »

Contemporain de Sprengel, Cabanis est un de ceux qui croient que la volonté peut persister durant le sommeil avec une vivacité plus ou moins grande, suivant le caractère et l'énergie morale des différents sujets. 11 cite l'exemple de Condillac

qui, lui, atteste personnellement : « qu'en travaillant à ses cours d'étude, il était souvent obligé de quitter pour dormir un travail déjà préparé mais incomplet, et qu'à son réveil, il l'avait trouvé plus d'une fois terminé dans sa tête. »

Cabanis aborde ensuite, avec l'intention de l'expliquer naturellement, ce point si ardu et si scabreux de la question, la fatidité des songes, et il écrit intrépidement, non sans un grand sens, à mon avis : « Nous avons quelquefois, en songe, des idées que nous n'avons jamais eues. Nous croyons converser par exemple avec un homme qui nous dit des choses que nous ne savions pas. On ne doit pas s'étonner que, dans des temps d'ignorance, les esprits crédules aient attribué ce phénomène singulier à des causes surnaturelles. J'ai connu un homme très-sage et très-éclairé, M. Benjamin Franklin, qui croyait avoir été plusieurs fois instruit en songe de l'issue des affaires qui l'intéressaient dans le moment. Sa tête forte, et d'ailleurs entièrement libre de préjugés, n'avait pu se garantir de toute idée superstitieuse, par rapport à ces avertissements intérieurs. Ne faisant pas attention que sa profonde prudence et sa rare sagacité dirigeaient encore l'action de son cerveau pendant le sommeil , comme on peut l'observer souvent, même pendant le délire, chez des hommes d'un moral exercé. En effet, l'esprit peut conti-

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