DEUXIEME PARTIE
« Lorsqu'on commence à s'assoupir? on sent que les idées commencent à s'embrouiller et à rompre la chaîne. C'est comme un vrai délire. Quand cette chaîne, tout à fait brisée, ne laisse plus que des idées sans ordre et sans suite, on dort ; on n'existe plus que machinalement ; il ne reste pas même le sentiment intérieur de son être ni de son sommeil ; ce qui prouve que cette conscience dépend de la mémoire qui est abolie. »
Ainsi :
De ce que nos idées n'ont plus d'ordre, il résulte que nous n'existons plus que machinalement ;
De ce que nos rêves sont sans suite, il résulte que nous n'avons plus même le sentiment intérieur de notre être ;
Et tout cela prouve enfin que la conscience du moi dépend uniquement de la mémoire î !
En vérité, les idéalistes seront bien entêtés, si cette explication, fournie par la moelle du cerveau, ne leur paraît pas concluante, et si de tels raisonnements ne les confondent point.
Darwin et Formey ne veulent pas que la volition, en d'autres termes l'action de la volonté, continue de s'exercer pendant le sommeil, au milieu des songes qui l'accompagnent.
Darwin ne craint pas d'être tout à fait affirmatif à cet égard. La puissance de la volition, dit-il, est totalement suspendue.
« Lorsque nous sommes éveillés, nous exerçons notre volition (volonté), en comparant les apparences présentes avec celles que nous avons précédemment observées, et nous corrigeons ainsi les erreurs d'un sens par la connaissance générale de la nature que nous avons acquise au moyen de l'analogie intuitive, au lieu que, dans les rêves, la puissance de la volition étant suspendue, nous ne pouvons nous rappeler ni comparer nos idées présentes avec nos connaissances acquises, ce qui fait que nous sommes incapables d'y découvrir des absurdités. C'est par ce critérium que nous distinguons le sommeil de la veille , et que nous pouvons nous ressouvenir volontairement des idées que nous avons eues pendant le sommeil , lorsque nous sommes éveillés ; mais quand nous dormons, nous ne pouvons volontairement nous ressouvenir de celles que nous avons eues en veillant1. »
Tout ceci est basé sur cette donnée, qui paraît incontestable à l'auteur, à savoir « que nous attacbons foi toujours aux visions de notre imagination pendant le sommeil. »
Ce n'est point l'avis de Dugald-Stewart ; ce ne sera pas non plus, je pense, celui de plus d'un lecteur qui se souviendra certainement de s'être