Formey, Mélanges philosophiques
raissent en contradiction, se trouveraient d'accord s'ils avaient mieux spécifié ce qu'ils entendent nier ou affirmer?
« Dans le sommeil, la faculté même de vouloir est-elle suspendue? » se demande le philosophe écossais. Il répond : « Les efforts que nous faisons dans le sommeil et dont nous avons conscience montrent assez que la faculté de vouloir n'est pas suspendue. Ainsi, dans un rêve, nous nous croyons en danger et nous voulons appeler du secours. Ce désir, il est vrai, est d'ordinaire sans effet et les cris que nous poussons sont faibles et indistincts; mais c'est ce qui confirme précisément l'opinion que, pendant le sommeil, la liaison entre la volonté et les mouvements volontaires est rompue. La volonté continue dagir, mais son action reste insuffisante.
« De même encore, dans le cours d'un rêve effrayant, nous sentons que nous faisons effort pour nous dérober par la fuite au danger qui nous menace ; mais en dépit de nos efforts nous restons couchés dans notre lit. Le plus souvent, dans ce caslà, nous rêvons que quelque obstacle nous arrête. Le fait est qu'alors, probablement, le corps n'est pas soumis à l'action de la volonté. On peut donc conclure en disant : pendant le sommeil régulier, naturel, la faculté de vouloir subsiste, mais elle a perdu toute autorité sur les organes du corps.
« Allons plus loin : lorsque nous cherchons à nous endormir, ce qui nous arrive souvent, notre esprit revêt naturellement un état voisin de celui dans lequel il se trouvera lorsque le sommeil sera pleinement établi. Or il est manifeste que les moyens dictés par la nature pour amener le sommeil ne consistent pas à suspendre la faculté de vouloir, mais bien l'exercice des facultés qui dépendent de la volonté. S'il fallait qu'avant de nous endormir, la faculté de vouloir fût suspendue, il nous serait impossible par aucune espèce d'effort de hâter le moment du sommeil. La supposition même d'un tel effort est absurde; car c'est dire que la volonté serait dans une activité soutenue pour suspendre les actes même de la volonté.
« D'où Ton est porté à conclure :
« Que l'effet du sommeil sur les opérations mentales a la plus parfaite ressemblance avec celui qu'il a sur le corps. La faculté de vouloir subsiste, mais elle n'a aucun empire sur les facultés de l'esprit. Voilà pourquoi, bien que cette faculté subsiste, il lui est cependant impossible de régler, de diriger l'association des idées qui , abandonnée à elle-même, arrive souvent aux résultats les plus étranges.
« Ceci posé nous établissons les deux points suivants :
« 1° Lorsque nous sommes livrés au sommeil, la
succession de nos pensées, en tant qu'elle dépend des seules lois de l'association, peut avoir lieu par l'action des mêmes causes inconnues qui la déterminent pendant la veille.
« 2° Néanmoins l'ordre de nos pensées, dans la veille et dans le sommeil, doit être fort différent, puisque dans le sommeil cet état dépend des seules lois d'association, et que dans la veille il dépend de ces lois combinées avec les actes de nos facultés volontaires. »
Développant cette dernière proposition , Dugald- Stewart ajoute enfin :
« Que la volonté n'existant plus pendant le sommeil, ou plutôt l'influence de cette volonté devenant nulle, on ne peut plus exercer aucune action sur l'association des idées. — D'où il suit que les objets qui occupent alors nos pensées s'offrent d'eux-mêmes spontanément à notre esprit, tandis que les opérations mentales volontaires, telles que le ressouvenir volontaire, le raisonnement, etc., demeurent suspendues avec l'influence de la volonté. »
Je n'ai voulu interrompre l'exposé de ces opinions par aucune observation critique.
J'essayerai maintenant d'en discuter la substance, et nous clorons ainsi l'examen sommaire des écrivains des siècles derniers.
En ce qui concerne d'abord cette distinction