DEUXIÈME PARTIE
capitale entre la suspension de la faculté même de vouloir et la suspension de la puissance active de cette faculté sur les muscles du corps humain, j'en reconnais la justesse comme l'importance, et je dis très-volontiers avec le professeur d'Edimbourg : Oui , l'un des principaux caractères du sommeil régulier , naturel, c'est que la faculté de vouloir, qui subsiste mentalement, a néanmoins perdu son autorité sur les organes du corps. J'ajouterai même, par parenthèses, que la persistance de cette action de la volonté sur les organes du corps est, à mes yeux, le caractère le plus sérieux qui différencie du sommeil régulier, naturel, les sommeils plus ou moins morbides du somnambulisme et du magnétisme ; mais de ce que j'admettrai ce premier fait, il n'en résultera point que je doive accepter la seconde partie de cette double proposition, où il est déclaré : que l effet du sommeil sur les opérations mentales a la plus parfaite ressemblance avec celui qu il a sur le corps. « La faculté de vouloir subsiste, nous dit Dugald-Stewart , mais elle n'a aucun empire sur les facultés de l'esprit. n Il est clair que si l'on admet ce point de départ on arrivera logiquement à reconnaître qu'il doit nous être impossible, durant le sommeil , d'exercer aucun empire sur l'association de nos idées, non plus que sur la succession des tableaux, qui se dérouleront d'eux-
mêmes et toujours spontanément. Mais cette proposition en elle-même est-elle soutenable ? Souffre-t-elle l'analyse? Est-elle appuyée sur des faits prouvés ?
Si l'on comprend la cessation de la puissance active de l'esprit sur la matière , la suspension momentanée de ces lois mystérieuses qui permettent à l'âme d'agir sur le corps, comprendrat-on avec la même facilité que l'esprit cesse d'agir sur lui-même , qu'il veuille penser à une chose, par exemple, sans accomplir ipso facto la volonté qu'il a d'y penser ? S'il y pense et si les images des objets sur lesquels se porte cette pensée volontaire lui apparaissent, ne fixera-t-il point réellement son attention sur eux ? ne portera -t- il aucun jugement sur ce qu'il croit voir ? En principe, une telle opinion me semble inadmissible. Dans la pratique j'acquiers des preuves nombreuses de sa fausseté l. Il est curieux du reste de constater comment les physiologistes, embarrassés de préciser le rôle des diverses facultés de l'esprit pendant le rêve, n'ont rien trouvé de mieux pour se tirer de peine que d'en décréter arbitrairement la suspension plus ou moins complète. Sans empiéter sur le domaine des écrits contemporains que nous examinerons à leur tour et pour ne parler
J. Voir plus loin, aux Observations pratiques.