DEUXIEME PARTIE
casiers par l'association des idées, et nous jugeons du temps écoulé d'après celui qu'il nous aurait fallu pour exécuter réellement tout ce que nous n'avons fait que penser.
Viennent ensuite quelques considérations sur l'association des idées, qui me paraissent mériter d'être reproduites intégralement :
« Chacune des idées de l'homme dont l'intelligence est parvenue à un certain degré de développement ne s'est pas établie séparément dans son esprit; elle y est entrée avec plusieurs autres idées qui s'y rattachent par leur analogie, par leur coexistence, et par toute espèce de relations. Lorsque l'une de ces idées se présente de nouveau, elle en rappelle nécessairement plusieurs autres, avec une vivacité, un entraînement que les esprits médiocres ne savent pas toujours maîtriser. On dirait que l'intelligence entraînée par chaque idée nouvelle qui la frappe, se jette comme dans une espèce de sillon, qui la conduit involontairement dans plusieurs autres. C'est ainsi que le simple son ou l'idée d'une cloche pourra faire naître tout à coup, tantôt l'idée du triste appareil d'un convoi funèbre, tantôt l'idée d'une solennité religieuse ou l'image d'une pompe conjugale, selon l'état présent de notre sensibilité et la manière dont toutes ces choses se sont enchaînées dans notre esprit; c'est là ce que l'on appelle la liaison ou
r association des idées, qui peut s étendre, chez ies sujets mobiles, aux différentes actions corporelles qui ont le plus de rapport avec ces idées, et qui leur succèdent ou leur correspondent dans certaines habitudes de la vie.
« Cette association, loin de s'affaiblir pendant un sommeil léger1 et dans la plupart des rêves, a beaucoup plus de liberté, d'étendue, d'entraînement que pendant la veille. Une impression plus ou moins vive la provoque souvent dans les songes qui sont déterminés par des causes occasionnelles, telles qu'une manière d'être couché, une affection intérieure plus ou moins pénible, etc.
« En effet, ces impressions rappellent soudain, dune manière véritablement automatique, certains groupes, certains assemblages d idées ou d'images qui s'y rattachent d'une manière quelconque, mais dont l'enchaînement est continuellement interrompu par d'autres liaisons d'images ou d'idées qui se succèdent et se croisent dans tous les sens, avec ce désordre, cette confusion qu'aucune puissance intellectuelle ne maîtrise alors2, et que
\ . On pourrait se demander pourquoi cette condition d'un sommeil léger, mais il faut se souvenir que Moreau (de la Sarthe) n'admet point de rêves durant le sommeil profond.
2. Voir aux Observations pratiques des preuves de l'opinion contraire.